Glossaire

09/04/2026

Résumé de l'article

Ce glossaire présente quelques termes spécifiques aux métiers du patrimoine cinématographique. Il est appelé à s'enrichir régulièrement.

Acétate

Support du film ininflammable. Il fut généralement utilisé en remplacement du nitrate de cellulose pour donner au film un support plus stable et moins dangereux. Il connut deux formes : le diacétate et le triacétate de cellulose.

Censure

Elle s'exerce à différents moments de la vie du film. Due à l'intervention des producteurs, à celle d'un pouvoir politique ou moral par l'intermédiaire des commissions de censure ou de classification ou à l'immixtion des distributeurs (exploitants de salles par exemple), elle modifie par la suppression de certaines scènes la matérialité des copies. Les procès-verbaux, établis lors du passage du film en commission, sont une source essentielle de l'histoire du cinéma.

Conservation

Il s’agit de stocker les films dans les meilleures conditions possibles. Cela nécessite une température régulière (entre 10 et 18 °C pour les films sur support triacétate et polyester noir et blanc et couleurs) et une hygrométrie contrôlée (35 à 45 % d’humidité relative). On conserve séparément les éléments nitrate et acétate, les éléments en voie de décomposition et les éléments sains, les positifs et les négatifs.

Couleurs

Les négatifs des films des premiers temps de l'histoire du cinéma étaient toujours en noir et blanc, mais on coloriait les copies par divers procédés, au pinceau, au pochoir, par teintage ou par virage. Dès les années 1910, on chercha à mettre au point des procédés de restitution des couleurs bichromes ou trichromes, à partir du négatif noir et blanc. À partir des années 1930, les premières pellicules couleurs (comme le Gasparcolor) remplacèrent les techniques de teintages utilisées pendant les trente premières années du cinéma, incompatibles avec les procédés sonores.

 

Décomposition

Évolution à terme du support et de l'émulsion cinématographique, contribuant à la détérioration du support jusqu'à sa destruction complète.

Étalonnage

Cette opération effectuée en laboratoire permet de corriger le rendu plan par plan, les variations de luminosité ou de couleurs du négatif du film à l’occasion du tirage des copies. C’est une étape importante de la production d’un film, mais aussi de sa restauration, lorsque l’on utilise plusieurs éléments (négatifs, copies) comme sources. L’opération existe également avec les outils numériques.

Format

Terme qui désigne la largeur de pellicule utilisée. Il détermine aussi le matériel au tournage et à la projection d’un film. Si le cinématographe des frères Lumière utilisait un film de format 35 mm, demeuré le plus courant, d’autres formats, très nombreux, ont vu le jour. Le format substandard 16 mm (de largeur inférieure à celle du format standard de 35 mm), les formats réduits de 9,5 mm (du Pathé-Baby), 8 mm, super 8, 17,5 mm (du Pathé-Rural) sont des formats courants dans les archives, ainsi que les formats larges de 65-70 mm.

 

Incendie

L'inflammabilité du nitrate a pu et peut encore causer de graves incendies qui peuvent détruire, partiellement ou intégralement, les collections d'une cinémathèque et, très souvent, les éléments uniques qui y sont déposés. Ce fut le cas à Sao Paulo en 1957, au Mexique en 1982, en France en 1959, 1980, 1985, au Japon ou en Allemagne...

Insert

Variante de l'intertitre, c'est un texte inséré dans l'image, généralement sous une forme épistolaire.

Interpositif

Élément intermédiaire positif obtenu après développement. Il est aussi appelé "marron" ou "lavande" et sert de matrice de conservation. De bas contraste, il est impropre à la projection et sert à tirer un nouvel élément négatif.

Laboratoire

Certaines archives cinématographiques s'équipent de laboratoires pour effectuer des travaux spécifiques, à partir de formats inusités, de copies en mauvais état, où les perforations peuvent être déchirées, la pellicule gondolée ou rétractée, l'émulsion décollée, etc.

Longueur

Il est plus précis de parler du métrage d’un film muet que de sa durée, qui dépend de la vitesse de projection. Mais la longueur d’un film était une donnée loin d’être fixe, elle pouvait varier selon le pays ou le type de distribution. Si un film peut être raccourci en cours d’exploitation, il peut également dès sa mise en distribution connaître plusieurs versions, courtes ou longues.

Master

A l'heure du numérique, terme qui désigne l'élément de référence pour toute reproduction postérieure. C'est un interpositif dans une filière argentique, un fichier non compressé dans une filière numérique.

Montage

Opération consistant à lier deux plans entre eux par une collure. Les négatifs muets étaient conservés par petits bobineaux d'un ou deux plans, numérotés dans l'ordre chronologique du récit puis regroupés par teintage. Pour leur restauration, les films doivent être montés en retrouvant l'ordre originel des plans.

Négatif

Élément premier d'un film (c'est en l'occurrence la pellicule se situant dans la caméra lors de la prise de vue). Il est monté en conformité avec la copie (positive) de travail. On distingue le négatif original de l'internégatif, tiré à partir de la première copie, par ses collures entre chaque plan.

Nitrate de cellulose

Obtenu par traitement à l’acide nitrique en présence d’acide sulfurique, le nitrate, dérivé de la cellulose, a été utilisé depuis les débuts du cinéma jusqu’en 1953. Chimiquement instable, il est voué à la décomposition : sa durée de vie moyenne est de cinquante ans. Il peut se transformer en une pâte gluante, puis en un bloc jaune solide et poisseux, avant de se désagréger en poussière malodorante de couleur rouille. Également dangereux, car auto-combustible, il est appelé « film flamme ».

 

Papiers découpés

Avec cette technique, on utilise des personnages dont chaque partie du corps est découpée dans du papier, puis articulée afin de pouvoir adopter toutes les positions nécessitées par l'action.

Pathé-baby

Ce format réduit de 9,5mm créé par Pathé en 1922 permettait une pratique familiale du cinéma, de la prise de vues à la projection. Pathé-Baby proposait un catalogue de vente très riche où la plupart des grands films édités par la firme étaient disponibles, des fresques historiques aux films documentaires ou de vulgarisation scientifique.

Pellicule

Bande transparente et souple recouverte d'une émulsion photographique, support physique de la prise de vues, du tirage, de la projection de l'œuvre cinématographique.

Perforation

Les perforations, de forme ronde (pour les films Lumière), rectangulaire ou carrée, et dont le nombre et l’emplacement varient selon les formats, permettent, en s’accrochant à une roue dentée, le défilement de la pellicule devant la source lumineuse. Un film 35 mm comporte quatre perforations de chaque côté de l’image.

Pixillation (ou pixilation)

Terme d'origine anglo-saxonne, créé à partir de pixilated (dérivé de pixie, "lutin", se dit d'une personne fantasque, légèrement ivre) et d'animation. La pixillation est une technique du cinéma d'animation permettant de mettre en mouvement, selon les choix du cinéaste, des personnes ou des objets. C'est donc une animation en trois dimensions qui, grâce à la prise de vues image par image, fait évoluer des personnes de manière tout à fait inhabituelle, ou fait se déplacer comme par magie des objets habituellement immobiles.

Phénakistiscope

Il reconstitue l'impression de mouvement à partir d'images dessinées sur un disque et observées au travers d'un autre disque percé de fentes et tournant en même temps.

Photogramme

Image isolée d'une série photographique enregistrée sur le film.

Pochoir

A l'époque du cinéma muet, des pochoirs, obtenus en découpant autant de copies que de couleurs apposées, pouvaient être employés pour colorer une à une les copies des films. Si les premières couleurs au pochoir étaient appliquées manuellement, ce procédé fut mécanisé dans les années dix.

Polyester

Support non cellulosique résultant de l’action d’un acide sur un alcool. Plus mince que le triacétate, plus résistant et plus stable, ses propriétés chimiques sont remarquables. Chimiquement neutre, ce support se conserve très bien dans le temps. Toutefois, et contrairement à la pellicule acétate, ce support n’autorise pas de traitement de dérayage (pour ôter les rayures) en raison de ses propriétés physiques. Par ailleurs, cette pellicule est quasiment incassable : mal chargée, une copie 35 mm peut casser un appareil de projection ou blesser gravement le projectionniste.

Positif

Élément obtenu après tirage et développement d'un négatif ou d'un internégatif. Il peut être soit une copie servant aux projections, soit un élément intermédiaire servant à la conservation (interpositif).

Positif combiné

Positif sur lequel la piste son est déjà présente, contrairement au positif, qui ne contient que l'image seule.

Procédé Keller-Dorian Berthon

Procédé consistant à imbriquer trois images dans le cadre de l'image cinématographique normale en transformant en réseau semi-cylindrique la face dorsale d'un film noir et blanc. Associé avec Rodolphe Berthon, Keller-Dorian, spécialiste de la gravure, réalisa l'outillage nécessaire pour laminer le film entre deux cylindres en acier, l'un gravé en creux de cannelures cylindriques, l'autre lisse.

Le film ainsi matricé et ligné dans le sens horizontal défilait dans la caméra, le côté cannelé vers l'objectif afin que les rayons lumineux traversent ces dioptres semi-cylindriques. L'objectif était divisé en trois parties munies de filtres rouge, vert et bleu, dans le sens horizontal.

Pour reconstituer les couleurs à la projection, il fallait évidemment que l'objectif du projecteur soit muni des mêmes filtres.

Le brevet concernant ce procédé fut déposé en 1914, mais c'est seulement le 27 décembre 1923 que furent présentés à Paris les premiers essais.

Hélas, des problèmes de luminosité apparurent et l'utilisation fut abandonnée en 35 mm, mais poursuivie un certain temps en 16 mm.

Procédé Plastigraphe

Procédé de rotoscopie à la française vraisemblablement au point par Jean et Alex Giaume au début des années 1940. La Chasse infernale (1943) en reste le seul témoignage. Le procédé, censé fluidifier le mouvement des personnages tout comme son aîné, le rotoscope, inventé par Max Fleischer en 1915, fut un échec.

Projection

IAction fondatrice du spectacle cinématographique qui permet aux spectateurs de découvrir sur l'écran la succession des images et des sons qui composent le film. La projection de films muets nécessite des conditions particulières, différentes de celles qui conviennent aux films modernes : la vitesse de projection, qui doit être identique ou proportionnelle à la vitesse d'enregistrement du film, a changé. Si elle est actuellement de 24 images seconde, elle était variable à une époque où les caméras étaient actionnées par des manivelles et non par des moteurs, passant progressivement de 16 à 24 images seconde. La plupart des films muets doivent être projetés entre 16 et 20 images seconde. Pour cela, il faut adapter sur les projecteurs modernes un variateur qui, seul, permet de respecter le rythme originel du film.

La dimension de l'image d'un film muet est plus grande que celle d'un film sonore, puisqu'elle ne comprend pas de piste son. Aussi la fenêtre du projecteur doit-elle être adaptée pour que le cadre original soit respecté.

 

Restauration

À la différence de la conservation - qui consiste à stocker les films dans les conditions matérielles adéquates au support -, et de la sauvegarde - qui consiste à les dupliquer sur un support viable sur la durée -, la restauration est une intervention complexe, aussi bien technique qu’artistique, qui exige des références historiques solides quant au contexte de réalisation du film. Le processus doit conduire à la restitution de l’œuvre au plus proche de ce qu’elle était lors de sa première présentation au public.

Restauration numérique

Numérisation, montage et traitement du film au moyen de logiciels permettant toute une gamme d’interventions allant de l’élimination des défauts physiques du support advenus avec le temps à la reconstruction, partielle ou totale, de l’image.

Retrait

Les films en nitrate, diacétate et triacétate tendent à se rétracter avec le temps, en largeur comme en longueur. Ce phénomène de retrait peut atteindre 4% et on doit y pallier chimiquement afin que le film puisse être visionné, puis tiré en laboratoire.

Rotoscopie

Inventé en 1915 par l'Américain Max Fleischer, le rotoscope est un dispositif permettant de redessiner, image par image, une action filmée précédemment en prises de vues réelles. Il en résulte une plus grande fluidité d'animation.

RPCA

Le RPCA est le Registre public de la cinématographie et de l'audiovisuel. Appelé aussi, par contraction, "Registre public", il assure, comme le fait une conservation des hypothèques, la publicité des actes, conventions et jugements relatifs à la production, à la distribution, à la représentation et à l'exploitation des œuvres audiovisuelles. Il a été créé par la loi du 22 février 1944 et est placé depuis auprès du Centre national de la cinématographie.

 

Sauvegarde

Opération qui consiste à transférer un film tel quel sur un support de sécurité.  

Safety

Support. Caractérise le matériau en triacétate, diacétate de cellulose et en polyester difficilement inflammable, utilisé systématiquement comme support de l’émulsion photochimique à partir du milieu des années cinquante en remplacement des films en nitrate de cellulose. Synonymes : support de sécurité, triacétate de cellulose, film de sécurité.

Son

Les techniques d’enregistrement du son, qui ont varié au cours de l’histoire du cinéma, peuvent poser des problèmes spécifiques aux restaurateurs. Les procédés qui synchronisaient un film avec un disque (Chronophone, Vitaphone) nécessitent une nouvelle synchronisation et un transfert sur une bande-son. Les pistes sonores des films parlants doivent être réenregistrées, filtrées, corrigées.

Story-board

Mot anglais signifiant "tableau de l'histoire". C'est une série de croquis illustrant le découpage plan par plan du film à tourner. Il peut être réalisé par le réalisateur ou par un artiste-illustrateur.

Synchronisation

Opération qui consiste à mettre en concordance la piste son et la bande images du film.

Syndrome du vinaigre

Comme le nitrate, le support acétate est victime d’une forme de décomposition par hydrolyse (fixation d’eau) du support qui se gondole, colle et dégage une odeur forte d’acide acétique (vinaigre). Ce phénomène se produit lorsque les conditions de conservation (température trop élevée, taux d’humidité trop important) n’ont pas été respectées à un moment de la vie du film.

 

Technicolor

Procédé américain de cinéma en couleurs faisant appel à trois négatifs. Il trouva sa forme trichrome définitive au début des années 1930. Blanche-Neige et les sept nains (Walt Disney, 1937) en fut un exemple éclatant. Le procédé fut abandonné à la fin des années 1960.

Teintage

Au début des années dix, couleur unique affectant toute l’image (transparences et densités), obtenue soit par teintage dans la masse du support (neuf couleurs isolées de pellicule sont proposées par les fabricants), soit par immersion d’une copie noir et blanc dans un bain colorant, répondant à des critères expressifs (bleu pour la nuit, jaune pour le jour, rouge pour les incendies, etc.). À l’apparition du parlant, les teintures subissent des modifications, l’absorption des couleurs ayant une incidence négative sur la bande sonore.

Thaumatrope

Disque dont les deux faces portent des dessins distincts. Tourné rapidement, le disque fait apparaître grâce à la persistance rétinienne une troisième image, née de la superposition illusoire des deux faces.

Théâtre d'ombres

Les personnages et certains éléments du décor sont découpés dans un papier sombre. Le ciel, ainsi que d'autres parties du décor, sont réalisés avec des feuilles colorées transparentes. Les différentes parties du décor et les personnages sont posés sur une table lumineuse : les éléments découpés apparaissent alors en silhouettes noires. On effectue ensuite le tournage grâce à un banc-titre, de la même manière que pour la technique du papier découpé (films de Lotte Reiniger).

Tirage

Opération qui consiste à impressionner un élément à partir d'un autre : positif à partir d'un négatif, négatif à partir d'un positif (contretypage), positif à partir d'un positif (duplication inversible).

Tour de manivelle

Expression utilisée dans les années 1920 pour désigner la prise de vues "image par image" ou le stop motion d'objets (poupées, marionnettes.) en volume. Chaque phase de la décomposition du mouvement est photographiée "au tour de manivelle". C'est-à-dire qu'en un tour complet de l'appareil de prise de vues une seule photographie est prise (avec un appareil de prise de vues "normal", huit images étaient enregistrées).

Traceur

Spécialiste qui transfère et trace à l'encre de Chine, sur les cellulos, les dessins précédemment établis par l'intervalliste.

Truca

Cette tireuse optique très ingénieuse, mise au point vers 1929, fut commercialisée à partir de 1936 et fabriquée par les établissements Debrie jusqu'en 1962. Cet appareil permet la reproduction automatique d'un ou de plusieurs films par contretypage et un grand nombre de trucages. Schématiquement, la Truca se réduit à trois appareils : une machine à tirer fixe, un chariot porte-objectif et une machine à tirer mobile. Ces deux caméras face à face peuvent devenir caméras ou appareils de projection. Ces trois éléments principaux sont disposés sur un banc "d'optique" semblable à un socle de tour de précision. La Truca permet nombre d'effets, dont le fondu enchaîné, les volets, l'arrêt sur image, l'accélération, la surimpression, la juxtaposition d'images.

 

Virage

Au début des années 1910, traitement de l'émulsion d'un film positif noir et blanc, avec une couleur unique obtenue par réaction de l'argent métal avec un sel métallique ou par combinaison avec des teintures. La transformation de l'argent réduit en un corps différent pouvant emprunter diverses couleurs : tons bleu cyan, orangé, rouge, sépia. Contrairement au teintage, le virage ne colore que les densités. Sa possible conjonction avec le teintage apporte des effets bichromes.

Visa d'exploitation

Numéro donné par la commission de classification à un film lorsqu'elle autorise sa diffusion dans les salles de cinéma. Voir Censure.

Zootrope

Jouet optique inventé en 1834 par W. G. Horner, il se fonde sur la persistance rétinienne et permet de donner l'illusion du mouvement. Des fentes sont percées sur un cylindre posé sur un plateau tournant. Les images sont dessinées sur une bande de papier placée à l'intérieur du cylindre. En regardant fixement l'intérieur à travers les fentes, les dessins s'animent.