Le « projecteur jouet » Ciné Selic
27/01/2026
Dans l’histoire des jouets, celle des jouets optiques occupe une place à part, que l’on relie a posteriori à celle du cinéma et de ses techniques. Les praxinoscopes, zootropes et autres dispositifs optiques conçus au XIXe siècle, ont contribué à développer une culture visuelle des images en mouvement. Mais le « projecteur jouet » Ciné Selic, apparu en 1950, se démarque de ses prédécesseurs, grâce à trois caractéristiques : un fonctionnement simplifié, des matériaux bon marché, et des histoires courtes. L’enjeu est de produire une histoire en mouvement à peu de frais. Rapidement très populaire, il met à l’honneur les contes pour enfants sous forme de dessins presque animés.
Un « projecteur jouet » innovant qui met en avant la narration
Le petit projecteur, en bakélite, est composé de deux optiques et de deux lampes alimentées par une pile.
La pellicule est entrainée grâce à un système de roue dentée avec un moteur à ressort, remonté avec une clef. Elle est composée de trois lignes : une ligne d’image supérieure, une ligne médiane comportant le titre, une ligne inférieure d’images reprenant, très légèrement différente, l’image supérieure.
La bande défile horizontalement, le système fait alterner l’image supérieure et l’image inférieure, pour donner une illusion de mouvement grâce à la persistance rétinienne.
Un conte correspond à une bande d’environ 20 cm. Toutes les 8 secondes environ, la bande se décale vers la droite pour que deux nouvelles images alternent.
Le Ciné Selic se démarque ainsi de nombreux autres dispositifs optiques (zootrope, praxinoscope…), qui reposent sur le principe d’une boucle qui peut être jouée aussi longtemps que voulu. Ici, la bande a un début et une fin : la narration prend alors plus d’importance. On le perçoit dans les bandes mettant en scène les deux personnages fétiches, Domi et Nique, qui interagissent entre eux grâce à des phylactères.
Ciné Selic Mod. 3. ©Ayant droit inconnu.
Du Ciné Nic au Ciné Sélic
Ciné Selic est une marque de jouets optiques, qui distribue notamment des contes pour enfants sur des films fixes.
La société reprend le principe du Ciné Nic, créé en 1931 en Espagne par Tomàs et Josep Nicolau Griñó. Le brevet s’exporte en France via la société Edga, à Marseille, qui commercialise à partir de 1935 les projecteurs Ciné Edga MM. La Société d'exploitation des Licences industrielles et commerciales (SELIC) diffuse le projecteur de 1941 à 1950, date à laquelle elle propose le Ciné Selic, une version légèrement améliorée du Ciné Edga MM.
Ciné Selic reprend alors le catalogue de films Edga et y ajoute des films en couleurs (soit 69 titres au total).
Le catalogue de films Ciné Selic : des dessins animés en couleurs
Le Petit Chaperon rouge, Le Chat botté, Le Vilain Petit Canard… La plupart des films, en noir et blanc puis en couleurs, sont des histoires dessinées tirées des contes classiques pour enfants. La marque crée aussi deux personnages, Domi et Nique, dont les aventures entrainent le spectateur à travers l'espace et ses planètes merveilleuses.
De la couleur, des décors, un style graphique reconnaissable
Par son style plus fourni et détaillé, par la variété des paysages, des décors, absents auparavant, le Ciné Selic se démarque graphiquement de son prédécesseur, le Ciné Nic. Le dessin, par certains aspects - l’expressivité des personnages, des traits ronds et souples -, se rapproche de l’esthétique disneyenne et capitalise sur la couleur pour plaire au public enfantin.
[Assemblage de 19 contes au format Ciné Selic], Réalisateur inconnu, 1953-1954. ©Ayant droit inconnu.