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Poclain, des films à la pelle

02/12/2025

Résumé de l'article

Quand on évoque le cinéma, on ne pense pas toujours aux films d’entreprise. Pourtant, de nombreuses sociétés ont réalisé ou commandé des films pour leur communication. C’est le cas de Poclain, fabricant de matériel pour les travaux publics, qui a produit entre les années 1960 et 1980 des centaines de films industriels. Un patrimoine très riche, à redécouvrir grâce au CNC, qui conserve tous ces films d’entreprise depuis 1977 !

Une pelle dans la ville (1968, réalisation inconnue)

 Le film au service d’une politique de communication d’entreprise 

Connaissez-vous la pelle TY45 ou la HC300 bennes à griffes ? Non ? Pourtant vous avez sûrement déjà croisé ces engins d’un rouge flamboyant au détour d’un chantier… Ce sont les créations de Poclain, société créée en 1926, spécialisée dans la fabrication d’engins de chantier, qui a mis au point la pelle hydraulique dans les années 1950. 

Avant Internet et avant la vidéo, le film sur pellicule, en plus d’être le support du spectacle cinématographique, était un outil de communication courant. Pour faire connaître leurs produits, les entreprises ont réalisé des centaines de films, en mettant en œuvre tout un réseau de distribution spécifique. Poclain ne fait pas exception à la règle. La société possédait même une cinémathèque interne, comme en attestent les étiquettes d’identification sur les boîtes de film.
© Étiquette d'une boîte film de la cinémathèque Poclain

« Le Film fait vendre », comme l’annonce Poclain, dans son catalogue [s.d.]. Le classement des titres illustre la politique de communication. D’un côté les films institutionnels qui présentent l’entreprise ; de l’autre les films techniques, répartis en trois catégories : les « films Produits », qui présentent la gamme des engins Poclain, les « films Application » qui montrent des chantiers de mise en œuvre et les « films Equipement », qui promeuvent les accessoires dont on peut équiper les engins : sécateur, marteau piqueur, benne multigriffes... Outil d’accompagnement du commercial, le film pallie la démonstration compliquée des machines. 

Poclain crée même un magazine d’actualités, Poclain Actualités, dans les années 1960 accompagné de la voix de René Lebrun, célèbre commentateur sportif à la télévision. 

Multisupports et multilingues 

Les films étaient distribués en 16 mm, mais aussi en super 8. Mais ce format plus léger s’entortille facilement et sa manipulation n’est pas simple. Pour résoudre ce souci, la société Fairchild a mis au point une cassette où les bandes sont enfermées et montées en boucle, ce qui évite le problème de rembobinage et facilite l’utilisation du film. La cassette est fournie avec un appareil portatif de visionnage transportable dans une mallette, sorte d’ancêtre du magnétoscope.
© Cassette Super 8 Fairchild

A partir de la fin des années 1980, c’est le support vidéo qui prend le relais de toutes ces pellicules : devenues obsolètes, elles finiront sur les étagères des cinémathèques, des archives de film. Mais auparavant elles avaient été collectées au titre du dépôt légal des films par le CNC.  

Les films ne sont pas seulement disponibles sur des formats différents, ils sont proposés dans différentes versions : en français bien sûr mais aussi en anglais, parfois en espagnol et en allemand, ce qui montre la portée internationale de ce marché et de la circulation de ces films. 

© Illustration du catalogue de vente Poclain, montrant l'appareil de visionnage Fairchild

Un rayonnement international

La construction d’un pipeline au Brésil, des opérations forestières en Colombie britannique, la construction d’un barrage au Maroc ou celle du pont de Noirmoutier, tout est prétexte à la réalisation d’un film promotionnel.
  
Ce rayonnement international est illustré de manière amusante dans le court-métrage Une carte postale d’Espagne (Guy Eschlimann, 1969) où un homme qui fait du tourisme en Espagne retrouve aux quatre coins du pays les fameux engins rouges de chez Poclain. C’est le tout jeune Gérard Klein, le futur instit de la célèbre série télévisée des années 1990, qui assure le commentaire. 

© Poclain P (Francis Grosjean, 1977)

Ceci est du cinéma : des réalisateurs attitrés qui déploient leur art au-delà du commercial 

Quoi de plus esthétique que l’intérieur d’un tube hydraulique ? Quoi de plus artistique qu’un ballet mécanique d’engins de terrassement ? 

Au-delà de leur destination commerciale, ces films sont pour leurs réalisateurs de véritables terrains d’expression, où se déploie toute la grammaire cinématographique avec un sens du cadre et de la composition de l’image très étudié.  

On retrouve ici des noms de réalisateurs bien connus de ce cinéma institutionnel et d’entreprise : Guy Eschlimann, qui réalisa de nombreux titres de la série Je voudrais savoir, produite par l’Assurance maladie, Francis Grosjean, qui réalisa notamment des films d’entreprise pour la SNCF ou encore Georges Dumoulin, un ancien élève de l’IDHEC, la célèbre école de cinéma, ancêtre de la Femis. 

Du burlesque et du poétique : que la pelle est belle !

A ce titre, Histoire sans parole (1966) est une petite curiosité non signée. Ce film en noir et blanc raconte les déboires d’un homme dont la voiture refuse de démarrer le matin et qui va s’acharner à chercher la panne, avant de finir par détruire rageusement son véhicule qui terminera à la casse, réduit en miettes… par une machine Poclain. Ce petit film quasi burlesque, où la marque apparaît de manière fugace, fait la promotion du bus, au 53e Salon de l’automobile. 

A voir aussi, l’étonnant Hydrauliquement vôtre ! réalisé par Henri Fabiani. On comprend qu’il ait reçu le premier prix du Festival du film industriel à Grenoble en 1970, et circulé dans les réseaux pédagogiques des écoles via la Cinémathèque centrale de l’enseignement public. 

Il contient des séquences d’animation signées d’Alberto Ruiz, qui travailla notamment avec Paul Grimault sur Le Roi et l'Oiseau. Le professeur Poc nous explique la mécanique des fluides et les vertus du moteur hydraulique. Puis on plonge dans l’univers des ateliers de fabrication de pistons et des tubes, avec leur liquides huileux et leurs boutons colorés. On se croirait presque dans le laboratoire d’un film d’anticipation. 

Et soudain la pelle mécanique nous semble belle !   

© Hydrauliquement vôtre!