Araya, Margot Benaceraf
13/01/2026
On connaît peu l’œuvre et la carrière de Margot Benacerraf, discrète cinéaste vénézuélienne, née en 1926 à Caracas. Elle commence par étudier la philosophie et la littérature à l'Université centrale du Vénézuéla, désirant devenir écrivain et, en 1947, remporte le Pan-American Award pour un essai littéraire, avant de se lancer dans l’écriture d’une pièce de théâtre, remportant une récompense de l'Université de Columbia. Ce prix l’amène à New York pour étudier le théâtre où elle découvre le cinéma en tant qu’actrice en participant à un film étudiant. Puis elle quitte les Etats-Unis pour la France où de 1949 à 1951 elle étudie à l’IDHEC – l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques de Paris.
Comme d’autres, elle interrompt ses cours l’année suivante pour réaliser un premier film, Reverón, une étude poétique sur l'excentrique et légendaire artiste vénézuélien Venezolano. Ce moyen métrage lui vaut une reconnaissance internationale au Festival de Berlin en 1953, suivi d’autres prix à travers le monde. Reverón est présenté à la Cinémathèque française, aux Palais des Beaux Arts de Bruxelles puis est choisi pour l’ouverture du Studio de l’Etoile à Paris.
Margot Benacceraf mettra plusieurs années avant de se décider à réaliser un film sur son Venezuela natal. C’est en recherchant un lieu de tournage, qu’elle trouve son sujet : circulant dans le nord aride du pays, Benacerraf tombe amoureuse de la région et des gens d'Araya et décide d'en faire le sujet de son premier long métrage. En 1958, après avoir longuement consulté les documents d'archives à Séville et Madrid, elle commence à filmer ce qui donnera Araya qu’elle produit à travers sa jeune société Caroni films et une production française, les Films de l’Archer.
Araya, péninsule dans la Caraïbe au nord du Venezuela, est une des régions les plus arides au monde, où l'homme dépend entièrement des produits de la mer, dont le sel et le poisson. Le paysage est ravagé par la corrosion saline. La terre est sauvage, frappée par le vent et une implacable et brutale lumière, que la cinéaste domptera en noir et blanc. Elle suit, héritière des symphonies urbaines, vingt-quatre heures de la vie des salineros (travailleurs du sel) à travers des paysages lunaires et déshérités. Le film, depuis les premières images, conduit le spectateur dans un univers d’une rare beauté : la vie née du ciel et de la mer, dans le mouvement sans fin renouvelé des vagues. Le film poétique écrit par Margot Benacceraf et Pierre Seghers, oscille entre documentaire et fiction. Son commentaire est dit pour la version française par Laurent Terzieff, et mis en musique par Guy Bernard. L’implacable beauté plastique du noir et blanc joue dans des effets dramatiques avec le silence en contrepoint de certains passages de la bande son.
A sa sortie et lors de sa première présentation au Festival de Cannes en 1959, Araya partagea le Prix de la critique ex-aequo avec Hiroshima, mon amour d’Alain Resnais et le prix de la commission supérieure technique du Cinéma français. Il fait ensuite le tour des plus grands festivals, dont Moscou, Locarno, Edimbourg, Venise… Le film fut comparé à l’Homme d’Aran de Flaherty ou à La Terre tremble de Luchino Visconti mais curieusement, cette coproduction franco-vénézuélienne n’a pas eu une large distribution internationale et a été très vite oublié des cinéphiles.
L’éditeur américain Milestone Film Co, a retrouvé le négatif original 35 mm chez FotoKem (Los Angeles) qui l’avait rapatrié du laboratoire français LTC où il avait été oublié plusieurs décennies.
La bande son est celle conçue par Margot Benacerraf pour la ressortie en salle du film en 1967. Les conditions d’un difficile du tournage sont cause de défauts à l’’image dus notamment à des soucis de générateur électrique : ces artefacts ont été conservés par les restaurateurs pour témoigner des conditions de production et de réalisation d‘Araya. Néanmoins la qualité de l’image d’origine n’a pas été touchée, et conserve le témoignage des circonstances du tournage.
En complément d’Araya, présenté dans ses versions espagnole et françaises ont proposés deux documentaires et interviews de la cinéaste, dont The Film of her life, réalisé par Antoine Mora dans lequel la cinéaste revient sur les traces du tournage, retrouve des protagonistes, évoque les conditions de réalisation, le choix du noir et blanc au regard des couleurs du décor, les contraintes techniques et humaines : un véritable retour en arrière qui éclaire remarquablement le film et son lieu. Deux autres documents de la télévision vénézuélienne sont à découvrir Margot Benacerraf : más allá de Araya, 1996 et Reveron : Margot Benacerraf’s first short film. Margot Benacerraf y revient notamment sur la création de la Cinémathèque nationale vénézuélienne. A voir aussi, le premier moyen métrage de la réalisatrice, Reverón.
La Fundación Audiovisual Margot Benacerraf a déposé au CNC en 2017 les négatifs image et son du film.
Araya
Réalisatrice: Margot Benacerraf
Auteurs: Margot Benacerraf et Pierre Seghers
Narrateurs: José Ignacio Cabrujas (version espagnole), Laurent Terzieff (version française)
Musique: Guy Bernard
Chef opérateur: Giuseppe Nisoli
Montage: Pierre Jallaud et Francine Grübert
Distributeur monde (2009): Milestone Film & Video
Distributeur (France): Les Films du paradoxe
Interprètes: La famille Pereda (travailleurs de nuit dans les marais salants à Manicuare), la famille Ortiz (les pêcheurs à El Rincón), la famille Salazar (travailleurs journaliers dans les marais salants à Araya)
Venezuela/France. 1959. 35mm. Noir et blanc, 82 minutes, 2470 mètres. Son mono.
Format image 1:1.66.
© 1959 et 2009 Margot Benacerraf/ Milestone.
Lieu de tournage: Araya, Estado Sucre, Venezuela
Prix internationaux: Festival de Cannes 1959,
Première: 13 mai 1959, Festival de Cannes
Première de la version restaurée : 7 février 2009, Festival de Berlin
DVD : Edition en France par les Films du paradoxe