Etienne-Jules Marey

04/12/2025

Résumé de l'article

Parmi ses collections de films enregistrant les premières tentatives de mise en mouvement des images, le CNC conserve environ 150 chronophotographies d'Etienne-Jules Marey (1830-1904). La majeure partie de cet ensemble a été restaurée, permettant ainsi d'en mesurer l'apport incontournable à l'histoire du cinéma.

1. Etude du mouvement

Médecin de formation, ce chercheur et inventeur oriente ses recherches vers la physiologie et s'intéresse particulièrement aux mécanismes de la vie. Installé à la station physiologique du Parc des princes avec son équipe au début des années 1880, il n'a de cesse d'analyser le mouvement pour mieux le comprendre.

Pour pallier les défauts de la méthode graphique (dispositif d’enregistrement du mouvement ou du son par retranscription graphique) il met au point, en 1882, un fusil photographique inspiré des travaux de Muybridge et du revolver photographique de l'astronome Janssen, en intégrant à un fusil traditionnel un objectif et un disque rotatif photosensible, permettant d'impressionner 12 images par seconde. En 1889, il perfectionne son dispositif chronophotographique en utilisant la pellicule obtenant alors une succession de photogrammes détaillant les phases du mouvement.  Ce nouvel outil lui permet ainsi de saisir, à grande vitesse, le déplacement de ses sujets et d'en décomposer la locomotion par le ralenti.

Son obsession l'amène à étudier toute manifestation du mouvement, à travers la motricité humaine ou animale, les déplacements des fluides comme les vagues, les fumées ou le sang, voire même l'agitation urbaine transcrivant ainsi dans le domaine scientifique la métaphore de la ville comme organisme vivant.

2. Vers le cinéma scientifique

Si le dispositif de Marey fait de lui à bien des égards un précurseur du cinématographe - ne serait-ce qu'en animant la photographie - et bien que son œuvre présente des qualités esthétiques incontestables, son objectif scientifique n'était pas de reproduire la vie, et encore moins d'en créer le spectacle : il s'agissait pour lui d'utiliser un outil permettant de capter la vie pour en explorer les manifestations invisibles, en se jouant du temps et de l'espace.

Ses recherches et celles de ses collaborateurs, parmi lesquels Georges Demenÿ et Lucien Bull, ont par ailleurs permis de développer des techniques nouvelles, comme la microcinématographie ou la cinématographie ultra rapide, ouvrant ainsi la voie au cinéma scientifique qu'explorèrent ensuite Jean Comandon ou Jean Painlevé.

3. Diffusion

La question se pose du mode de diffusion des films de Marey, et en premier lieu celle d'animer ou non ces images. Laurent Mannoni rappelle que « contrairement aux idées reçues, Marey s'intéressait beaucoup à la projection – à la condition, précisément, que les films s'offrent à la vision au ralenti, car la vitesse réelle (une arrivée d'un train en gare par exemple) n'avait pour lui aucun intérêt. » (EJ Marey – Actes du colloque du centenaire. Sous la direction de Dominique de Font-Réaulx, Thierry Lefevre et Laurent Mannoni, Arcadia Editions, Paris, 2006, p. 191).Dans la mesure où ces successions d'images, prises à très grande vitesse, sont destinées à décomposer le mouvement pour mieux l'analyser, la projection doit offrir à la vue le ralenti du mouvement, révélant ainsi sa complexité, et non le restituer à une vitesse fidèle à celle de sa captation.

4. Restauration

Si la grande majorité des films de Marey déposés au CNC a été simplement reportée sur un support ininflammable, garantissant ainsi leur sauvegarde, une partie d'entre eux a fait l'objet d'une restauration numérique. Mais la spécificité des formats des bandes de Marey nécessite un matériel adapté pour leur restauration : larges de 60mm à 90mm et ne présentant pas de perforation, les supports qu'il utilisait ne peuvent être traités par les tireuses ou les scanners « classiques ». Le CNC a fait développer un scanner, « Sacha », adapté à ces formats inusités. Les images dans leur totalité pourront ainsi être prises en charge et être restaurées au plus près de leur matérialité.

De même l'outil numérique par la souplesse qu'il introduit dans le mode de diffusion permet, par la variation de vitesse d'exposition des images, de se rapprocher de la volonté scientifique de Marey et d'appréhender son travail de chercheur. Ainsi peuvent être restitués, sans en trahir l'esprit, ces tous premiers essais qui permirent aux images de s'animer.

5. Sélection de films

Barques sur la mer / Saut en hauteur / Le chien Tom au pas / Buste d’enfant /
La chronophotographie du chat en chute libre

Ressources : EJ Marey – Actes du colloque du centenaire. Sous la direction de Dominique de Font-Réaulx, Thierry Lefevre et Laurent Mannoni, Arcadia Editions, Paris, 2006 / Exposition en ligne de la Cinémathèque française :
 http://www.cinematheque.fr/marey/expo-ligne/