Hurlements en faveur de Sade

Film

Guy Debord

Année de production :  1952

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Date de sortie en France :

  • 19/10/2005

Description

Résumé

Un des événements de l'année 2005 aura sans doute été l'édition en DVD de l'intégrale des oeuvres cinématographiques de Guy Debord, invisibles depuis plus de 20 ans. D'autant que cette diffusion en vidéo fut précédée de projections en salle. Ainsi, ce fut notamment l'occasion de découvrir ces très extrêmes Hurlements...
, conçus par Debord alors qu'il avait 20 ans. A l'époque, ce "film" n'avait, en effet, donné lieu qu'à quelques projections dans des ciné-clubs d'avant-garde, relevant davantage du happening que de la séance de cinéma. Il s'agit là d'un film sans images, alternant des écrans noirs et blancs. Les séquences blanches sont associées aux paroles de Debord et de ses amis, alors que les parties noires font place au silence. Une improvisation lettriste fait office de générique. Puis la voix s'éteint, et l'écran aussi, plongeant le spectateur dans l'obscurité. Lorsque réapparaît l'écran lumineux, c'est pour retracer une rapide chronologie de l'histoire du cinéma, débutant avec Voyage dans la lune
, passant par Entr'Acte
, et se terminant avec le Traité de bave et d'éternité
d'Isidor Isou. Sans transition, une autre voix fait la lecture de l'article 115 du Code Civil. D'autres propos encore, et puis à nouveau l'obscurité. L'écran blanc revient le temps du récit d'un fait divers. Et lorsque cette dynamique entre obscurité et lumière commence à nous être familière, le noir s'impose pendant plus de 20 minutes : les dernières ! Lors de sa première projection, les spectateurs n'étaient, pour l'essentiel, pas restés jusqu'au terme du film - d'ailleurs difficile à déterminer, le noir des images se confondant avec la fin de la bobine. Aujourd'hui encore, beaucoup se demanderont évidemment : qu'est-ce que ce film ? Mais de l'aveu même de son auteur, il ne s'agit même pas d'un film. Selon la légende, Debord aurait annoncé, avant la projection : "Il n'y a pas de film. Le cinéma est mort. Il ne peut plus y avoir de films. Passons si vous le voulez bien au débat." A-t-il vraiment prononcé ces paroles ? Peu importe. Car l'essentiel est que le futur auteur de La Société du spectacle
, alors lettriste, pas encore situationniste, ébauchait déjà sa pensée radicale, tout en créant sa propre légende. Hurlements... vaut davantage pour les situations qu'il engendre, que pour son contenu effectif, et en ce sens sa pertinence et son efficacité restent intactes. C'est l'idée situationniste de l'art non séparé de la vie qui s'exprime ici. Le spectateur est invité à faire oeuvre créatrice en projetant ce qu'il veut bien voir sur l'absence d'images. De même, il est mis dans l'impossibilité de rester passif, n'ayant, très vite, plus le choix qu'entre la réflexion, la rêverie et la révolte (refuser cette projection et sortir de la salle).