Après les événements de mal 68, les Français sont invités à élire de nouveaux députés. A Asnières, dans la banlieue parisienne, nous assistons à la bataille électorale entre Albin Chalandon, ministre de l'Industrie, candidat gaulliste, Claude Denis, candidat communiste et Roger Hanin, vedette de cinéma, qui se présente comme candidat socialiste. Les trois rivaux préparent le premier tour des élections. Chalandon parle dans une salle qui surplombe une piscine où la caméra suit les évolutions des amateurs de pêche sous-marine ! Le ministre gaulliste n'a pas encore l'air sorti de ses émotions ; il bafouille et dit dans un même paragraphe : « Cette grève est partie de rien ; cette grève a des causes profondes ». L'auditoire écoute sans rire. Denis préfère parler à des petits groupes d'ouvriers, à la porte des usines, pendant la pause. Roger Hanin déclare de son côté : « Si vous venez voir une vedette parler politique, je vous demande de ne pas venir à mes réunions ». Il proteste de la sincérité de son engagement. Le vendredi 21 juin, grands meetings. Chalandon se fait chahuter quand il parle du « pouvoir humain qui a refusé de recourir à la violence » pendant les événements de mai. Au meeting communiste, Andrieux, rédacteur en chef de l'Humanité, ironise sur l'anniversaire du 18 juin : « De Gaulle avait dit : « C'est moi ou le chaos » ; nous avons les deux : De Gaulle et le chaos ». Samedi 22 juin, Roger Hanin se rase en évoquant l'éventualité de son succès. Dimanche 23, on vote. Sur 37 000 votants, Chalandon : 18 000 voix ; Denis : 10 000 ; Hanin : 3 000. Il y aura donc un second tour. On reprend aussitôt les paroles, les affiches et les pots de colle. Chalandon a pris de l'assurance. Denis se fourvoie dans des réunions de jeunes qui lui posent de cruelles questions. Son sourire sympathique et sa gentillesse ne font pas le poids. Hanin se désiste en faveur de Denis et reprend ses répétitions de Lorenzaccio au château de Bellegarde à 150 kilomètres de Paris. Le samedi 29, De Gaulle parle. Le dimanche 30, Chalandon est élu. « Chalandon, à l'usine ! » crie la gauche. D'un côté, on chante la Marseillaise ; de l'autre, l'Internationale. Le soir, grande manifestation gaulliste aux Champ-Elysées.