Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Date de sortie en France :
- 22/01/2003
Description
Résumé
Tourné en 1971, Numéro zéro était, dès l'origine, conçu pour ne pas être distribué de façon conventionnelle. Jean Eustache voulait, en effet, ne le montrer qu'à un public d'une dizaine d'amis (ce qu'il fit), le présenter dans des festivals, puis attendre que des gens manifestent le désir de le voir. Dès lors, il ferait monter les enchères (ayant fixé à zéro la valeur de départ), et autoriserait l'acquéreur à faire ce qu'il voudrait du film. Numéro zéro sera ainsi acheté par la télévision en 1980 et diffusé dans une version tronquée d'une heure, sous le titre "Odette Robert". C'est P. Costa (qui avait eu vent de l'histoire par J-M. Straub, un des invités privilégiés de l'unique projection) qui a retrouvé le film d'origine, et permis sa sortie, trente ans après. Numéro zéro, doit son titre à la très claire volonté d'Eustache de faire un film de rupture. Un film se posant contre ses précédentes réalisations. L'idée était ici de revenir aux sources du cinéma, aux frères Lumière, à l'enregistrement pur. Le film n'est donc que l'enregistrement en continu d'une conversation entre Eustache et sa grand-mère. Ou plutôt d'un monologue d'Odette, canalisé par son petit-fils, et au cours duquel elle raconte, avec style et énergie, sa vie, triste et exemplaire. L'enregistrement dure jusqu'à épuisement du stock de pellicule, et le film restitue cet enregistrement sans aucune coupe (on voit ainsi Eustache faire le clap ou répondre au téléphone). Cette volonté d'épurer la forme, de revenir au geste primitif du cinéma ou de désacraliser la notion d'auteur renvoie de façon étonnante à des démarches tout à fait actuelles : celle du Kiarostami de Ten ou du Lars Von Trier du Dogma. Mais, dans l'oeuvre de son auteur, Numéro zéro est avant tout un acte radical ouvrant la voie aux films suivants. On voit ici se mettre en place une esthétique de la conversation, et un cinéma où les choses sont racontées mais presque jamais montrées (principe qu'il exploitera jusqu'au vertige dans La Maman et la putain ou Une sale histoire). On voit surtout s'affirmer une vision du cinéma comme moyen d'arracher des morceaux de vies à la mort. Ici, Eustache enregistrait le témoignage (en effet particulièrement riche et instructif sur une certaine France et une certaine époque) d'une femme en fin de vie. Plus tard, il essaiera avec La Maman... de fixer le souvenir d'une histoire d'amour finie, et d'une époque révolue. Encore plus tard, Eustache ira au bout de cette obsession de la mort en se tirant une balle dans la tête, en léguant à son fils l'enregistrement sonore de son suicide. Si Numéro zéro s'impose comme un document fascinant, c'est par ce qu'il est, par ce qu'il raconte, mais aussi par ce qu'il montre : de la vie toute nue, se révélant incidemment au détour d'imprévus, de menus dérapages, d'infimes morceaux de vérité, saisis à la volée dans les angles morts du dispositif.
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 107