Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 2013
Date de sortie en France :
- 01/05/2013
Description
Résumé
Plan fixe d'une usine, la nuit. Des camions s'approchent des bâtiments. ì l'intérieur, des hommes et des femmes, indifférenciés, en combinaison blanche, décrochent de la chaîne, empilent, emballent et étiquettent sur un rythme intenable, dans un bruit assourdissant, des milliers de poulets. Nous sommes dans l'un de ces immenses abattoirs industriels de l'ouest de la France. Une voix off, à l'évidence celle d'une actrice, lit le témoignage d'une ouvrière qui explique comment elle est arrivée là. Au long des 59 minutes de cet impressionnant documentaire (à déconseiller aux amis des bêtes trop sensibles), vont ainsi se succéder, selon ce même dispositif, à l'exception de quelques séquences, les prises de vues à l'intérieur des usines sous contrôle de leurs directions et les témoignages, authentiques, dits par plusieurs acteurs hors du cadre filmé, pour conserver l'anonymat des témoins. Davantage que le choc de la transformation incessante de vivants en cadavres - même si leurs cauchemars en sont parfois peuplés - tous évoquent la dégradation et la souffrance de leurs articulations, contraintes d'accomplir le même geste des centaines de fois par heure, soumises à des cadences de plus en plus infernales. La douleur, physique et psychologique, ainsi que l'insupportable exigence d'incompréhensibles impératifs économiques irriguent le film de la réalisatrice Manuela Frésil. Celle-ci évoque, à l'origine de ce projet, déjà ancien, «l'expérience sidérante de la visite d'un abattoir industriel... de Bretagne». Documentariste depuis longtemps intéressée par le monde paysan - elle avait signé, en 2003, Si loin des bêtes, qui traitait d'élevage industriel -, elle nous fait partager cette sidération. Remontant, au fil des plans, la chaîne de la transformation, des morceaux vers l'animal sur pieds, elle nous montre les différents «opérateurs» (mot politiquement correct pour «ouvriers») : emballeurs, pareurs, désosseurs, dépeceurs, saigneurs, à l'oeuvre comme des robots, dans le bruit sans pause des machines. Hors les murs, ils retrouvent leur humanité, souffrante, souvent, mais pas uniquement. Par l'intelligence et la rigueur de son processus, la réalisatrice laisse émerger le lien qu'inconsciemment les ouvriers établissent entres les carcasses qu'ils traitent et la leur, irrémédiablement abîmée par le labeur. «Les corps des animaux sont démembrés par la chaîne de production ; celui des hommes aussi» dit Frésil, qui illustre cette phrase emblématique par une belle idée de mise en scène : quelques ouvriers effectuent devant l'usine leur geste de poste en boucle. Il en résulte un étrange ballet silencieux, d'où émerge l'absurdité d'un travail si parcellaire et si répétitif qu'il semble dépourvu de sens. On peut cela dit s'interroger sur la pertinence d'avoir fait «jouer», plutôt que simplement dire, les témoignages par des acteurs. L'effet n'est pas très heureux. Le film dans son ensemble cède ainsi parfois à la maladresse à force de chercher à édifier. Plus de sobriété eut mieux servi son propos. Il n'en appelle pas moins fortement à réfléchir sur cet élevage industriel qui n'a plus rien d'humain.
Informations techniques
Métrage : Court
Durée d'origine : 59
Couleur/NB : Couleur