L'Echappée belle

Film

Emilie Cherpitel

Année de production :  2014

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 2015

Date de sortie en France :

  • 17/06/2015

Description

Résumé

Compagne de route des surréalistes, proche de l'éditeur Jean-Jacques Pauvert et exégète de Sade, Annie Le Brun est un écrivain contemporain dont les oeuvres se situent à égale distance de la philosophie et de la poésie. L'�0chappée se propose de nous faire découvrir l'auteur en partageant l'expérience d'un lecteur fasciné par ses textes, le comédien Michel Fau. Au fil de ses lectures, il apprend comment le désir est peu à peu annihilé par nos sociétés d'abondance, uniquement préoccupées à le satisfaire avant même qu'il n'émerge. D'une certaine façon, les vertus du manque, du vide nécessaire, propices à la mise en route de l'imaginaire, sont niées à coups de slogans publicitaires et d'omniprésence numérique. Le réel, dans toute son idiotie, nous aliène, impose à chacun sa norme vulgaire et asphyxie la pensée poétique. Il est souvent question de déplacement, de progression spirituelle ou de cheminement mental dans l'oeuvre d'Annie Le Brun, car la mobilité est nécessaire pour qu'une forme inédite de beauté advienne. C'est par le refus du surplace que l'esprit se synchronise avec un monde redevenu vivant. On sent le lecteur touché par des mots qui lui rendent l'auteur plus proche. Son regard sur ce qui l'entoure, contaminé par la pensée d'Annie Le Brun, change alors de focale. Dans ce film, qui est aussi une introduction idéale à l'oeuvre d'une intellectuelle méconnue, Valérie Minetto forme le projet de traduire en images et en sons cette recherche poétique qui semble trouver sa source dans la réflexion philosophique. Comme si elle souhaitait transposer une expérience de lecture en spectacle audiovisuel. Défi ambitieux et en partie réussi lorsqu'elle parvient à composer des séquences qui stigmatisent les paradoxes de notre société, quelques scènes urbaines captées grâce à des plans frappants et éloquents. Le résultat est en revanche moins probant lorsque la cinéaste tente de mettre en images, par des équivalences visuelles, une forme de dévoilement du monde, cette fameuse traversée du miroir. C'est parfois convaincant, lorsque Valérie Minetto compose des séquences s'appuyant sur des effets scopiques, notamment avec l'eau, support à de beaux moments hypnotiques. �!a l'est moins quand on se retrouve une nouvelle fois devant des nuages filmés en accéléré, plate illustration du temps qui passe (trop vite). Les déambulations du lecteur et de l'auteur, longuement observées à l'occasion de rencontres muettes et rêveuses, ne parviennent plus au bout du compte à justifier leur répétition. Le film est forcément un peu bancal, car il peine à mêler trois dispositifs visuels hétérogènes : les plans contemplatifs du lecteur, fixes de l'auteur et métaphoriques de l'oeuvre. Pourtant, sa prise de risque attire l'oeil, l'expression subtile et claire d'Annie Le Brun capte de bout en bout notre attention et la densité imaginative de la bande sonore maintient notre écoute en éveil. Autant de petites victoires remportées par L'�0chappée, qui attestent que Valérie Minetto a eu raison d'emprunter cette voie singulière.

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 76

Couleur/NB : Couleur

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