Salafistes
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 2016
Date de sortie en France :
- 03/02/2016
Description
Résumé
Salafistes se propose - un carton nous le dit en introduction - d'exposer "des propos que l'on ne veut pas entendre, des images que l'on ne veut pas voir". Outre un grand nombre d'extraits de vidéos de propagande émanant de Daesh, ainsi que quelques scènes de vie quotidienne à Tombouctou en 2012 aux côtés de la "police islamique", le spectateur assiste à de nombreux entretiens avec différents notables "djihadistes" exprimant face caméra leur conception de l'Islam et de la société idéale. Nul besoin d'insister sur le caractère choquant des mots et des images, que chacun imagine aisément. Le premier problème que pose Salafistes réside dans ce carton d'explication affirmant l'intention des auteurs (dont on salue par ailleurs le courage) de dévoiler une réalité supposément tenue dans l'ombre. On cacherait ces décapitations, ces anathèmes lancés contre l'Occident. Or, y a-t-il seulement une personne possédant une télévision ou un ordinateur connecté à Internet qui n'ait été largement abreuvée de tout cela depuis des années ? Le film montre des extraits de vidéos plus longs, donne une place plus grande aux élucubrations des fanatiques, mais rien de foncièrement nouveau ne vient percuter notre conscience, loin s'en faut. Il n'est certes pas inintéressant d'entendre l'un d'eux condamner le fait que Merah ait tué des enfants. Mais cette humanité des bourreaux était déjà finement montrée dans le magnifique Timbuktu de Sissako. Il est du reste étonnant d'observer les points communs entre certains personnages des deux films, tel ce Touareg jugé pour le meurtre d'un pêcheur. Le carton nous dit aussi que le documentaire traite d'"une fraction minoritaire de l'Islam, qui nous fait la guerre", relayant ainsi le discours officiel justifiant - au nom de la légitime défense - les frappes françaises en Syrie, qui ont pourtant commencé dès septembre 2015. Il ne s'agit pas de prendre parti pour ou contre ces bombardements, mais de situer avec précision les faits. De même, montrer la ferveur d'un jeune candidat à l'attentat-suicide est bien sûr effrayant. Rappelons toutefois que cette tactique militaire n'a pas été inventée par les salafistes. Que tirer de cette litanie anti-femmes, anti-homos, anti-musique, anti-tout, si ce n'est une confirmation que ces odieux personnages font la guerre à "nos valeurs", notre "mode de vie", alors que la réalité historique et géopolitique est bien plus complexe ? Le risque d'un tel film, qu'il ne s'agit pas ici de condamner mais de critiquer, est de renforcer la représentation binaire d'une lutte entre la lumière et les ténèbres. Un aspect intéressant de Salafistes est de montrer (sans la déconstruire, mais tel n'était pas le projet) le potentiel de séduction de la rhétorique "djihadiste". Un peu de vrai dans le faux et le tour est joué : "Quand les �0tats-Unis tuent, quand Israël ou la France tuent, c'est légitime, et quand un musulman tue, c'est du terrorisme ?". On voit comment ce savant mélange de critique du néo-colonialisme occidental et d'appel à la sainteté peut amener des jeunes gens à la confusion mentale. Faucon l'avait cependant déjà fort bien montré dans La Désintégration.
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 71
Couleur/NB : Couleur