In Jackson Heights

Film

In Jackson Heights

Frederick Wiseman

Année de production :  2015

Pays de production : Etats-Unis

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Date de sortie en France :

  • 23/03/2016

Description

Résumé

Peintre des institutions américaines (Titicut Folies) et européennes (La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris), pourfendeur de l'�0tat policier et de ses dérives (Law and Order), témoin lucide des bouleversements politiques et sociaux de son pays d'origine, Frederick Wiseman installe cette fois-ci sa caméra dans un quartier du Queens, à New York. C'est d'abord de l'extérieur qu'on aborde le quartier protéiforme et multiculturel de Jackson Heights. La caméra se pose sur les étals bigarrés de légumes, s'accroche aux devantures clinquantes des petits commerces. Dans l'air flottent des nappes de musique latino, indice d'une présence humaine qui sera le coeur palpitant du film. Jackson Heights s'offre d'abord dans toute sa sensualité et sa densité. Wiseman dispose les matières et les couleurs, à la manière d'un peintre impressionniste. Mais à mesure qu'il introduit de nouveaux éléments (humains, sonores) dans son oeuvre d'art, elle se meut en abstraction. Une forme que n'a jamais cessé de travailler le plus grand documentariste américain en activité, patient observateur et témoin privilégié des soubresauts et des ruptures de l'histoire. Ce n'est pas la première fois que Wiseman décrit la vie d'un quartier. Il l'avait fait en 1997 avec Public Housing, film-fleuve de 195 minutes sur un ghetto noir de Chicago. C'est encore à la fracture sociale qu'il s'intéresse ici, ainsi qu'à la manière dont les communautés s'organisent pour lutter contre le démantèlement de leur quartier. Les petits commerçants dénoncent une concurrence déloyale, liée à l'implantation de grandes enseignes sur un territoire à défendre sans partage. Se rejoue ici une généalogie de l'Amérique qui compose avec une histoire viscérale de sol. Où les colons seraient dorénavant les grands groupes de prêt-à-porter et les Indiens chassés de leur territoire, des immigrés on ne peut plus légitimes dans leurs revendications. En somme, c'est à une nouvelle histoire de la violence que nous convie Wiseman avec In Jackson Heights. Endémique, le processus de gentrification paraît inéluctable mais n'empêche pas la lutte de s'organiser. Wiseman filme de nombreuses réunions de quartier où l'on débat des actions à mener pour contrer l'envahisseur et exposer les conséquences tragiques de sa présence. Chaque témoignage est enregistré dans sa durée. La parole s'épanouit dans ces longs monologues et donne au film son rythme secret. C'est par le langage qu'In Jackson Heights impose sa bouleversante beauté. On pense à ce long récit habité que fait une Mexicaine devant un parterre attentif. Elle raconte, avec force détails, l'arrivée clandestine de sa famille sur le sol américain, le sentiment de peur qui a accompagné leur terrible périple. Wiseman filme encore le combat des gays et des transsexuels, régulièrement victimes de discriminations. L'addition de ces luttes collectives montre que les individus possèdent en eux une richesse qu'aucun système économique ou politique ne pourra leur prendre. Cette ressource inépuisable, c'est la capacité à faire corps contre les injustices. En filmant la mutation de ce quartier multiculturel, Wiseman enregistre l'effondrement d'une utopie sociale où le vivre-ensemble prend tout son sens.

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 250

Couleur/NB : Couleur

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