�!a commence bien pour un film sur un directeur de la photo ! �!a commence concrètement, comme des travaux pratiques, en montrant sur le vif comment sont en train de travailler le metteur en scène du documentaire en cours et son chef opérateur, vaille que vaille, cahin-caha, à hue et à dia, sous l'oeil du directeur de la photo, Vilmos Zsigmond, dont il s'agit de faire le portrait. Ici, pas de grande théorie qui voudrait expliquer le cinéma tel qu'on essaye de le faire advenir : qui trop embrasse mal étreint. Montrer, décrire un travail particulier, c'est après tout une des meilleures façons de dire, d'énoncer sans être sentencieux quelles idées, quelle théorie le structurent - consciemment ou non, peu importe. Surtout que Pierre Filmon (c'est bien son patronyme) demande son avis (ses lumières) à Vilmos Zsigmond pour l'éclairage, le cadrage, la distance de la caméra. Celui-ci conseille de baisser un peu la caméra (on verra mieux ce qu'il y a à voir), déconseille le contre-jour qui vient d'être ajouté (il n'amène rien mais risque de disperser l'attention, comme tout effet). On se dit que c'est bien parti, loin de la guimauve habituelle qui étouffe ce genre de documentaire souvent mis en bonus sur les DVD. Elle va finir par constituer la tonalité générale. On a tout de même le temps d'apprendre deux ou trois choses sur Zsigmond. Comme son "refus de la caméra à la main", selon son collègue Pierre-William Glenn ; sa jeunesse "limitée", asphyxiée, en Hongrie sous le communisme ; l'influence qu'a exercée sur lui la riche tradition de la photographie hongroise et le néo-réalisme italien ; son goût pour les films en noir et blanc et les peintres Rembrandt, Georges de La Tour et Le Caravage ; son désir de faire des images comme on fait des tableaux. Et aussi sa vigilance pour que la photo du film soit en adéquation avec son sujet, et pas seulement jolie : "Faire des jolies images, c'est facile mais des jolies images peuvent détruire un film". Mais on va rester sur sa faim. La construction devient de plus en plus erratique et les propos demeurent souvent superficiels (sûrement parce qu'ils sont trop courts, trop fragmentés, le film ne durant que 81 minutes), qu'ils soient tenus par des réalisateurs avec lesquels Zsigmond a collaboré, comme John Boorman (Délivrance), Richard Donner (Maverick), Jerry Schatzberg (L'�0pouvantail) et Mark Rydell (The Rose), des directeurs de la photo, tels Vittorio Storaro, Bruno Delbonnel, Darius Khondji et Haskell Wexler, des acteurs, comme John Travolta (ses souvenirs sur les panos à 360° et le perfectionnisme de Brian de Palma sont carrément hors sujet) et Nancy Allen. Reste que l'on perçoit que ce chef opérateur emblématique du Nouvel Hollywood (il a travaillé aussi avec Robert Altman - John McCabe, Images et Le Privé - et Michael Cimino - Voyage au bout de l'enfer et La Porte du paradis), décédé début 2016, avait une modestie attachante : il dit par exemple regretter encore de ne pas avoir remercié Steven Spielberg de lui avoir fait confiance quand on lui a remis l'Oscar de la meilleure photographie pour Rencontre du troisième type.