L'Homme-fumée
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Description
Résumé
Tom Joad, ethnologue fictif inspiré de Robert Jaulin et portant le nom du héros des Raisins de la colère de John Steinbeck, se rend à Pernand-Vergelesses, village viticole français de Bourgogne, pour y étudier ce qui fait la singularité de l'esprit rural. Formellement, le film reprend, de façon plus complexe, le procédé de By the Ways (2001), précédent film de Gerard et Laty qui, d'interviews en musique, traçait le portrait du pionnier de la photo couleur William Eggleston. ì l'aune du Pierre et le loup de Prokofiev, l'ouverture prévient : chaque habitant jouera sa partition personnelle et c'est de leur confrontation, juxtaposition ou corrélation, entrecoupées de pauses, avec les conclusions de Tom Joad, qu'émergera la partition finale. Les habitants s'expriment donc sur leur solitude, la disparition du lien social, le regroupement des terres viticoles qui menace la diversité des productions, le refus des héritiers de prendre la suite (scène drolatique entre les parents et leurs enfants). Les discours se déroulent - parfois sans donner de réponse - puis s'entrechoquent en douceur. Ainsi des vieux "d'en haut, les vignes" regrettent le départ des jeunes alors que bien plus tard des jeunes "d'en bas, les jardins", expliquent qu'ils aimeraient vivre au village mais ne le peuvent pas à cause du prix des terrains. Ailleurs, un ancien raconte la force de caractère qu'il lui fallut pour se faire accepter, puis un autre jure au contraire qu'il fallait ne pas en montrer pour s'imposer. Le tout entre plans rapprochés ou larges des visages "musicalisés" par le vent, une voiture qui passe, un ruisseau qui coule... Et, en effet, la ligne mélodique émerge sous la forme d'une question : comment résister ? Comment résister aux gros négociants et propriétaires, au vieillissement, à la modernité (y compris pour fabriquer le vin) ? Faut-il s'ouvrir au monde comme le propose cette "fée des bois" suggérant d'intégrer les jeunes repreneurs aux familles afin qu'ils héritent et perpétuent la tradition ? Ou bien se claquemurer, tel ce vieux propriétaire racontant, ému, le temps où, avec ses copains d'école, ils bâtissaient un fort pour empêcher l'invasion des jeunes du village voisin ? "On construit beaucoup de murs au village", se désole ainsi le maire. Sans oublier ce viticulteur voulant transmettre sa personnalité dans ses crus, mais bloqué par les habitudes gustatives du consommateur. Autre contrepoint : quand il n'interroge pas avec la distance d'un médecin cherchant son diagnostic ni n'émet son analyse, Tom Joad arpente le village, ses ruelles, la nature, ou bien nous laisse l'observer dans son intimité, de son réveil à son repas dans un restaurant de cuisine moléculaire (magnifique composition visuelle entre les verticales des verres et l'horizontale de la banquette, sur un noir et blanc envoûtant). Ce documentaire savant où "tout est écrit mais rien n'est prévu" noue ainsi un dialogue éclairant et finalement dynamique entre générations mais aussi entre monde rural et urbain, puis entre l'écran et nous. Cette version a été raccourcie de 10 minutes par rapport à celle présentée en festivals en 2013 pour donner lieu à des débats avec des philosophes, sociologues, hommes politiques de tout bord jusqu'aux présidentielles de 2017.
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 96
Couleur/NB : Couleur