El Sicario, Room 164

Film

Gianfranco Rosi

Année de production :  2010

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 2016

Date de sortie en France :

  • 28/09/2016

Description

Résumé

El Sicario, Room 164 est un film sans équivalent. Absolument sec, d'une sobriété vertigineuse, le documentaire de Gianfranco Rosi traite avec une netteté inédite d'une question pourtant aussi vieille que l'Humanité et, a fortiori, le cinéma : celle du "Mal". ì travers le parcours du narrateur, un authentique ancien tueur professionnel au service du cartel de Juàrez, le spectateur entrevoit les arcanes d'un système incroyablement puissant, alliant la logique capitaliste la plus orthodoxe à des méthodes d'une inhumanité quasi inconcevable. Le dispositif est on ne peut plus simple : nous sommes dans la chambre d'un motel, non loin de la frontière entre le Mexique et les �0tats-Unis, l'homme est affublé d'un voile noir opaque qui masque son visage, il est pour l'essentiel assis et tient un grand carnet et un feutre. Le trait épais esquisse grossièrement des maisons, des voitures, des bonshommes, écrit des nombres, des dates, des sommes... Il matérialise, confirme, en quelque sorte, ce que dit l'homme : il nous rattache à une réalité dont on douterait volontiers, tant elle dépasse l'imagination. Ainsi suit-on le parcours de ce tueur embauché très jeune par les narcotrafiquants pour convoyer de la drogue, qui entra ensuite à l'école de police, financé - comme de nombreux autres aspirants policiers - par le cartel, avant de devenir, protégé par sa respectable profession, une redoutable machine de mort. Le glissement moral du jeune homme, attiré par l'argent, les voitures, la fête et tout ce qui s'ensuit est exposé avec calme et précision. Le "sicario" ne cache rien. Du premier enlèvement aux crimes les plus abominables, il nous raconte tout. On regarde ses grosses mains, des mains de travailleur, d'artisan, longues, épaisses, et le trait noir qui mathématise l'horreur. Parfois, il se met en scène, reconstitue un moment du récit. C'est d'autant plus facile que c'est dans cette même chambre 164 qu'il a commis les actes en question. Il mime la victime qui supplie, les comparses qui la rouent de coups, le médecin qui ranime le malheureux entre deux tabassages/noyades/brûlures, etc. On peut trouver cela obscène. Comme au sujet de The Act of Killing de Joshua Oppenheimer, certains spectateurs seront peut-être révoltés devant la parole libre de ce bourreau. ì la différence des salauds impénitents du film d'Oppenheimer, le sicario ne cherche jamais à justifier ses actes, à s'en exonérer ou à les glorifier. La dernière partie du film, dans laquelle il relate sa fuite et sa rencontre décisive avec la foi, révèle un être à jamais brisé, pathétique. Un être semblable à nous. Qu'elle ait pour but le simple profit ou le maintien d'un régime totalitaire, l'horreur semble égale à elle-même. De l'Inquisition à l'Indonésie des films d'Oppenheimer, du Chili de Pinochet au cartel de Juàrez, ses méthodes se ressemblent, sa logique est la même. Au-delà du frisson de la "vida loca", il voulait "servir le Patron". �!a n'a pas de sens, c'est infantile et bête comme un khmer rouge, comme la gégène ou la prison d'Abou Ghraib. La fragilité du sens moral est ici mise à nu, révélant la facilité avec laquelle nous pouvons nous changer en diables.

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 80

Couleur/NB : Couleur

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