Au début, on craint le pire. Incontournable citation de Gandhi en incipit (« Nous devons être le changement si nous voulons changer le monde »), lecture de Krishnamurti sur le sens de l'éducation, lettre du réalisateur à sa grand-mère - légitimant sa quête d'un ailleurs sur de brefs plans de Paris, lesquels illustrent l'aliénation de son mode de vie -, images soignées dignes d'un documentaire National Geographic, musique hispanisante aux paroles martiales (« Mon épée est l'amour, mon bouclier l'humour, mon foyer la tolérance et mon texte la liberté, je suis un guerrier »). �!a se corse même lorsque deux virgules en noir et blanc - façon Jean-Gabriel Périot - enfoncent le clou : nous sommes mécanisés, infantilisés, malades... Et puis, une fois arrivés en Amérique latine, au fil des interviews, des visages sereins qui défilent et des images d'une nature toujours plus édénique... le lâcher-prise opère. On « reçoit » le film avec le coeur, et non plus à travers le prisme de nos certitudes cartésiennes. On s'intéresse, notamment, à une façon différente d'appréhender le cosmos. On comprend que les différents interlocuteurs ne rejettent pas le progrès, mais qu'ils ont décidé que c'était à ce dernier de servir l'homme, plutôt que l'inverse. Entre le Mexique, la Bolivie et le Pérou, les témoignages transcendent l'affirmation de telle ou telle conviction pour figurer le prolongement d'expériences vécues, dans le respect de chacun et l'amour de tous (et de tout, à commencer par la terre). La révolution proposée ici ne consiste pas en une violence dirigée contre l'autre, mais en une réappropriation de notre réalité, laquelle passe notamment par la permaculture, la recherche du bien-être ou la maîtrise des passions... On découvre, dans l'ashram chamanique de Janajpacha, en Bolivie, des maisons à énergie solaire dont les lignes épousent le paysage - et qu'on croirait issues de l'école du Bauhaus -, un collège où les enfants sont éduqués par le respect plutôt que par la peur.... �0tonné, on entend le chef indien mexicain Aigle Bleu parler de co-création du monde avec Dieu - de quoi emballer un kabbaliste adepte du Tsim-Tsoum... Un descendant des Incas nous invite à nous aimer nous-mêmes pour mieux aimer les autres... Un indigène Quechua explique l'importance de réconcilier le corps, l'âme et l'esprit... Une femme cite Hippocrate pour rester en bonne santé... On réalise soudain la portée universelle de tels discours, et le fait que l'universalisme ne consiste pas à vouloir que, partout, la même chose se produise, mais que, partout, tout soit possible. « Je vois le monde autrement, pourtant le monde n'a pas changé », dit Alex Ferrini : « la différence, c'est qu'avant je faisais les choses en état de sommeil et maintenant je les fais en conscience ». En fin de compte, Alex Ferrini, son frère Romain et son ami Xavier réadaptent ici Hermès Trismégiste, qui affirmait que tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Pour eux, tout ce qui est en dehors de nous est à l'image de ce qui est en nous. On oublie dès lors les maladresses du film pour approuver son sens de la transmission.
Générique
Équipe technique :
Directeur de la photographie/Chef opérateur
:
Alex Ferrini