« Il vaut mieux être coupable et riche qu'innocent et pauvre », confie, sans haine, Severino Diaz, involontaire héros de ce gâchis judiciaire et humain. Seule vertu théologale à avoir été élevée au rang de pouvoir régalien, la justice est chose fragile. ì plus forte raison quand elle se double, comme ici, de considérations pécuniaires et sociologiques (racisme, pauvreté, etc.) sur fond de morale punitive, aboutissant à libérer un coupable ayant avoué sa faute mais à retenir un innocent qui refuse de s'accuser par dignité... De quoi s'agit-il ? Severino Diaz, émigré cubain ayant fui le régime castriste en 1969, a été témoin, comme d'autres clients, d'un meurtre dans un café en 1981. Des raisons personnelles dramatiques l'ayant conduit à aller échanger, en Californie, son permis de conduire, la justice a estimé qu'il avait des choses à se reprocher. Un procès bâclé et un avocat commis d'office incompétent lui valent d'être condamné à quinze ans à la prison de Rikers en 1983. Quand il passe devant la commission de libération conditionnelle en 2004, on lui propose de le libérer... s'il admet sa culpabilité. Innocent, il refuse et en reprend pour deux ans. Même l'arrestation du véritable coupable n'y changera rien... Severino sera finalement libéré grâce à la lettre de Maître Calhoun, avocat riche et de renom, qui aura pris fait et cause pour lui. Avant d'apprendre, en 2012, qu'il est atteint d'un cancer de la prostate ! Entretemps, Severino rencontre en prison Pierre Raphaël, né dans l'Aveyron, aumônier à Rikers Island depuis 1969 et fondateur, en 1993, de la Maison d'Abraham avec Simone, religieuse d'origine belge. Située dans le Bronx, l'institution propose une alternative à l'incarcération : le taux de récidive de ceux qui y sont accueillis n'est que de 1%. C'est à la fois à cette amitié hors norme et à ce parcours digne de Job martyrisé par Dieu et Satan que Pierre Barnérias nous convie, entre New York et Lodève, avec une maîtrise du rythme, du symbole et de la force de l'image confondante. Entre confidences de proches, de membres de la Maison d'Abraham (religieux et ex-détenus) et de magistrats, affleure toute la puissance de l'amour. Il faut voir pleurer le chef cuistot Alain Seilhac, créateur de l'Institut culinaire de New York, quand il raconte comment le Père Raphaël lui fit organiser un menu de 500 sandwiches pour un office pascal à Rikers, « où on aurait entendu une mouche voler ». Ou entendre Severino expliquer à mi-parcours que, s'il y a une seule personne à qui il doit s'en prendre, c'est à lui-même. Film sur le(s) Juste(s) et l'injuste, l'intelligence du coeur et la bêtise, la réinsertion par le respect et la dignité, cet édifiant récit ponctué d'images de New York et de l'Aveyron, s'offre aussi le luxe d'une jolie métaphore finale autour du viaduc de Millau, devenu pont de l'amitié entre les deux hommes ou encore entre l'intérieur de la prison et l'extérieur. Suspendu entre terre et ciel, le pont est effectivement, comme l'arc-en-ciel, le lieu de passage entre le sacré et le profane.
Informations techniques
Métrage :
Long
Durée d'origine :
94
Couleur/NB :
Couleur
Exploitation
Exploitation Paris :
2 salles,
167 entrées la première semaine,
315 entrées totales
Exploitation France :
16 salles,
925 entrées la première semaine,
1 594 entrées totales