Ce n'est qu'en 2009, après le décès de sa mère Rena, architecte d'intérieur et Grecque vivant en France depuis sa jeunesse, que Sandrine Dumas, actrice et metteuse en scène, s'est autorisée à mener cette double enquête dans l'espace et dans le temps sur les traces de Thalia Flora-Karavia - peintre d'origine macédonienne dont sa mère possédait un portrait de femme à l'ombrelle en robe rouge - et de sa propre lignée grecque. Frustrée par les silences de sa mère sur ses grands-parents, disparus avant sa naissance, et notamment sur sa grand-mère Katerina, dont un portrait à la mine de plomb exprime la tristesse, Sandrine Dumas est partie sur place tenter de percer le mystère. D'Ithaque, d'où la famille de Rena est originaire tout comme l'époux de Thalia, Nikos Karavia, à Athènes, en passant par Istanbul, où grandit Thalia, et Alexandrie, où elle séjourna longtemps, la réalisatrice rencontre plusieurs hommes et femmes qui la renseignent à la fois sur sa famille grecque et sur la vie et l'oeuvre de Thalia. Des femmes de la bourgeoisie, qui ont autrefois posé pour l'artiste, lui livrent leurs souvenirs. ì Athènes, son oncle, également architecte, lui explique la localisation des fiefs familiaux à Ithaque. Et parce que la langue est partie intégrante de sa recherche, Sandrine Dumas apprend le grec in situ. Elle réussit ainsi, grâce au concours d'amies de sa mère qui la mettent en contact avec d'anciens modèles de Thalia, à reconstituer le parcours exceptionnel de cette artiste prolifique, injustement méconnue et qui, qui à sa mort en 1960, laissa plus de 2 500 oeuvres. Elle élucide aussi en partie les silences de Rena sur sa mère, frappée d'une mélancolie sans remède à la suite du tremblement de terre d'Ithaque qui, en 1953, détruisit la maison familiale. Rena n'avait pourtant pas privé ses enfants de leurs racines hellènes puisque, dès leur plus jeune âge, la famille se rendait tous les étés en Grèce, sautant d'île en île jusqu'à se fixer à Egine. Mais Ithaque restait un point obscur. Si l'on peut comprendre les motivations de Sandrine Dumas et son souci de concilier quête familiale et quête artistique, on reste un peu perplexe sur sa manière de faire entrer à toute force l'une dans l'autre. On regrette, malgré les qualités formelles du film et sa belle photographie, ce trop-plein, in fine dommageable au double projet, dont les points d'accroche semblent trop ténus et induisent parfois de la confusion. Les deux volets de cette quête, plongée quasi psychanalytique dans un secret familial, d'une part, et biographie d'une artiste affirmée de la première moitié d'un XXe siècle troublé (elle fut même reporter-dessinatrice sur le front des Balkans en 1912), d'autre part, sont également intéressants ,si bien que le spectateur ne sait plus très bien auquel il faut s'attacher. Vécu comme un itinéraire de réconciliation par son auteure, qui tenait à sa présence à l'écran, ce documentaire échoue, au-delà de l'anecdote des tableaux prétextes, à créer un lien convaincant entre ces deux destins. Rena et Thalia : deux femmes remarquables dont la richesse des personnalités auraient sans doute mérité deux films distincts !
Informations techniques
Métrage :
Long
Durée d'origine :
82
Couleur/NB :
Couleur
Exploitation
Exploitation Paris :
1 salles,
163 entrées la première semaine,
275 entrées totales
Exploitation France :
1 salles,
163 entrées la première semaine,
275 entrées totales