Figurant de l'agitation populeuse de Calcutta, un vieil homme arpente ses rues pour examiner les pauvres qui ont élu domicile, selon la place disponible, sur les trottoirs : il s'agit de Jack Preger, alias Docteur Jack, qui a voué toute la seconde partie de sa vie à offrir des soins médicaux aux plus démunis. Adepte de la « street medicine », ce docteur discret mais aux grandes ambitions aurait longuement hésité à accepter la proposition de Benoît Lange (dont c'est le premier long métrage), lequel souhaitait lui consacrer un film suite à un ouvrage photographique qui rendait déjà compte de sa mission humanitaire (Dans Calcutta, le médecin des oubliés). Si Jack Preger ne s'étend pas sur les raisons qui l'ont finalement incité à consentir au projet, on soupçonne une certaine appréhension à l'idée que le cheminement de son travail soit injustement oublié, et l'espoir que cet accomplissement puisse, peut-être, en inspirer d'autres ; toujours est-il que l'on ne peut qu'être admiratif de l'humilité de ce médecin de 87 ans, dont l'intarissable énergie est entièrement dévouée à ces « oubliés » de la société indienne. Pourtant, cette vocation se révéla tardivement : alors fermier, Jack a 37 ans lorsqu'une voix intérieure lui souffle l'idée de devenir médecin. Ses études terminées, il se rend au Bangladesh après avoir entendu à la radio l'annonce d'une ONG qui cherchait en urgence des médecins pour venir en aide aux victimes de la guerre civile qui frappe le pays. Seulement, à la suite d'une affaire d'enfants volés puis vendus en Europe (avec la complicité de l'�0tat bangladais), qu'il dénonce, il est expulsé du territoire. Décidé à continuer son oeuvre, il se rend à Calcutta, mais les ennuis ne tarderont pas à revenir ; attaché à sa liberté, Jack refuse le visa de missionnaire et est donc envoyé en prison. Ironie du sort, sans passeport mais obligé de rester en Inde pendant les huit années que dure son procès, il pourra continuer son ouvrage, donnant lieu à son ONG, Calcutta Rescue, laquelle aura permis, jusqu'à ce jour, de construire quatre cliniques et trois écoles. Voilà pour les informations biographiques, lesquelles sont disséminées au gré des entretiens donnés face caméra, soit par l'intéressé, soit par les personnes qu'il côtoie quotidiennement à Calcutta : qu'il s'agisse de Soeur Cyril, une catholique irlandaise, directrice de l'école Loreto Day School Sealdah (dont l'accès est gratuit pour les enfants issus des bidonvilles), ou encore de Joty Ram, une élève de Calcutta Rescue qui pourra, grâce à la fondation, continuer sa formation dans une école de commerce, tous partagent le même respect à l'égard de ce médecin des rues. Il ne faut cependant pas croire que le documentaire consiste seulement en un déluge de louanges ; quoique sa forme soit relativement simple, elle est ici entièrement appliquée à rendre hommage à un travail indûment méconnu. Plus que tout, Benoît Lange signe le tendre portrait d'un homme à la fois sobre, têtu et drôle, et qui, au-delà des préceptes chrétiens qui régissent sa conduite, a instinctivement choisi comme raison de son existence l'amélioration de celle d'autrui.
Informations techniques
Métrage :
Long
Durée d'origine :
90
Couleur/NB :
Couleur
Exploitation
Exploitation Paris :
3 salles,
180 entrées la première semaine,
374 entrées totales
Exploitation France :
10 salles,
882 entrées la première semaine,
5 852 entrées totales