Jean Douchet, l'enfant agité

Film

Fabien Hagège , Guillaume Namur , Vincent Haasser

Année de production :  2017

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 2018

Date de sortie en France :

  • 24/01/2018

Description

Résumé

"Critique qui a peu écrit, cinéaste sans oeuvre, professeur qui ne fait pas cours, père sans fils" : ainsi Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Haasser esquissent-ils les contours de celui qui, néanmoins, peut se targuer d'un nombre non négligeable de disciples. Mis à part quelques rappels historiques sur certaines des riches heures de Jean Douchet, 89 ans (la rencontre, en 1959, avec Rohmer ; les années passées aux Cahiers du cinéma, avant, si toutefois l'on en croit Barbet Schroeder, le putsch de Rivette en 1963 ; le passage par l'IDHEC, où il fut directeur de l'analyse filmique ; le ciné-club qu'il anime à la Cinémathèque Française...), voici donc le portrait d'un passeur engagé, depuis plus d'un demi-siècle, dans une itinérance ininterrompue, une tournée des ciné-clubs comparable, en quelque sorte, à celle d'un interprète de variétés. En écumant les petites salles de province, Douchet décentralise la parole critique - et établit au passage, on le suppose, une carte des hôtels et des restaurants -, avec toujours, semble-t-il, le même souci, celui de s'adapter, plutôt qu'au niveau supposé de la salle, à sa sensibilité. Voici enfin le portrait d'un homme qui, sans rejeter le couple, ne s'y intéressa pas, préférant la fréquentation des oeuvres ; et encore la philosophie, ou l'art de vivre, qu'y débusquent les auteurs. Portrait corroboré par les témoignages d'Arnaud Desplechin, jeune homme "encombré de lui-même" de qui, en guise de salaire, Douchet exigea autrefois un baiser sur le tournage d'un court métrage (anecdote que l'auteur de Rois & Reine ne partage qu'à l'invitation de Noémie Lvovsky) ; ou encore de Xavier Beauvois, fils adoptif, ou peu s'en faut, qu'il hébergea à son arrivée à Paris et qui décrit leur relation comme "la plus belle histoire de [sa] vie". Dommage, en revanche, que les quelques mots hagiographiques de Thierry Frémaux, croisé au festival de Bologne ("Il est resté très jeune..."), n'aient rien de passionnant. Si le film se heurte à une difficulté prévisible (à défaut de captation ou de retranscription, comment témoigner d'une pensée déployée oralement pour l'essentiel, et, in fine, la constituer en tant qu'oeuvre - bien que l'avènement du DVD ait pu contribuer, pour partie, à la fixer sur support ?), il la contourne aussitôt en préférant, à l'abord frontal des questions théoriques, la fréquentation de Douchet lui-même - de la seconde, dès lors, filtrent les premières, car pour Douchet aucune contradiction fondamentale n'oppose le cinéma et la vie, ni n'oblige à choisir l'un au détriment de l'autre. La cinéphilie de Douchet n'implique nulle dimension morbide ; il ne s'agit pas de fuir le réel, de troquer la lumière naturelle pour celle de l'écran ; l'appétit est le même qui choisit pour objet un film ou une bouteille de château-yquem. La formule, ici reprise de façon approximative, est de Douchet en personne : il faut savoir sacrifier un Mizoguchi, quand bien même il ne passerait qu'une seule fois, au profit d'un bon repas - alors, seulement, on est en mesure d'aimer Mizoguchi. Encore faut-il - comme Douchet de toute évidence - connaître la valeur de l'un et de l'autre.

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 85

Couleur/NB : Couleur