Seuls, ensemble

Film

David Kremer

Année de production :  2014

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 2016

Date de sortie en France :

  • 27/01/2016

Description

Résumé

L'un des inconvénients des documentaires se fixant pour projet - louable - de coller au plus près du réel, c'est que, bien souvent, l'ennui de la description l'emporte sur l'inattendu et l'adhésion du spectateur à ce qui lui est montré. Comme si la réalité ne passait pas l'épreuve cinématographique... Seuls ensemble, le film que consacre David Kremer à des pêcheurs isolés dans les eaux arctiques, tombe parfois dans ce piège du "réel pour le réel", lorsque chaque séquence tend vers un tel idéal de véracité qu'elle finit par laisser de marbre. L'ensemble documentaire, d'une âpreté et d'une aridité parfois étouffantes, opère sous la forme d'une succession de saynètes, la caméra alternant entre plans contemplatifs (malheureusement trop courts, et insuffisamment exploités), et tranches de vies fidèlement restituées, depuis le réveil jusqu'au coucher des marins. Certes, Kremer entend montrer avec crudité - voire avec une certaine cruauté - l'harassante et aliénante routine de la vie sur un chalutier. Mais le problème, justement, est qu'il y parvient trop bien, l'effet de réalisme recherché se muant parfois en exercice de style hermétique. Par bonheur, le film évite habilement le côté "en immersion" cher aux reportages télévisés sensationnalistes, et séduit grâce à de fugaces détails, ainsi qu'à la faveur d'une ambiance immuable, digne et tragique. L'émotion affleure par le biais d'une simple cigarette, d'une démonstration de camaraderie, d'une ronde quotidienne de réveils difficiles, par tout ce qui rassemble ces marins solitaires, plus à l'aise dans ces espaces exigus que sur la terre ferme. Le film évite même l'écueil attendu - et qui aurait constitué à s'en tenir aux seuls actes des marins - en invitant les protagonistes à évoquer, face caméra, leur métier et leur vie en général. Le réalisateur a surtout l'intelligence de ne pas intellectualiser les platitudes embarrassées de ces membres d'équipage - bourrus, taiseux, solitaires, irascibles parfois -, jamais très loin de l'archétype, et construit un beau réseau de témoignages, sorte de palimpseste oral dans lequel chaque mot prononcé s'évanouit doucement dans celui d'un collègue... Ce passage, qui intervient dans la dernière demi-heure, est de très loin le plus réussi, le plus touchant, et finalement le plus naturaliste, tant Kremer parvient à toucher, avec la plus grande acuité, les illusions perdues et regrets quotidiens. En aidant à verbaliser le dur labeur des marins, le cinéaste ouvre une brèche dans leur existence régulée à l'excès, et tout entière articulée par les nécessités de rendement (il faut toujours pêcher plus, découper plus de poissons...), une trêve réflexive à la faveur de laquelle ils deviennent, davantage que des corps aliénés et ballottés, pleinement acteurs du film. Grâce à cette intention, plus que louable, le film surmonte ses défauts les plus évidents - montage et mise en scène aux abonnés absents, à peu de choses près - pour épouser la condition des marins qu'il dépeint : austère, mais aussi humble, fière et digne.

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 75

Couleur/NB : Couleur