Ils ne savaient pas que c'était une guerre
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 2017
Date de sortie en France :
- 15/03/2017
Description
Résumé
« Ils ne savaient pas que c'était une guerre »... Tout est dit. L'essentiel du documentaire de Jean-Paul Julliand tient tout entier dans son titre, la chanson (rien ici de péjoratif) est bien connue. Au titre de la conscription obligatoire, plusieurs classes d'âge ont été expédiées en Algérie, faire une guerre qui trop longtemps n'a pas voulu dire son nom, une guerre défendue, légitimée et vendue comme une opération « de police » ou « de maintien de l'ordre » et menée, soit dit en passant, par l'armée française. « Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus. Qui sait ? Si vous cherchez à savoir comment fourguer une guerre qui va provoquer la mort de 25 000 hommes parmi les « forces de l'ordre » et plus de 250 000 victimes parmi la population indigène (cf. Charles-Robert Ageron ; ces chiffres font toujours l'objet d'âpres discussions), demandez au gouvernement de l'époque, et plus largement, à la droite française, elle saura vous répondre. Entre 1954 et 1962, par conséquent, deux millions de pauvres types des villes et villages de France sont appelés sous les drapeaux pour aller, là-bas, remplir leur devoir patriotique et accomplir leur service militaire. Ce fut évidemment le cas à Bourg-Argental, commune du département de la Loire dont est originaire le réalisateur, d'où une centaine de jeunes gens - parmi une population de 3 000 personnes environ - sont partis « au casse-pipe, sans rien connaître ni du monde en général, ni de l'Algérie en particulier », ce théâtre des « événements » dont trois ne reviendront pas. Ils ne savaient pas que c'était une guerre recueille donc, et réunit, les témoignages d'une quinzaine d'anciens combattants bourguisans, alors jeunes recrues, lesquels admettent volontiers pour la plupart n'avoir jamais parlé de cette expérience, de ce qui fut pour nombre d'entre eux leur premier voyage. Seul l'un d'entre eux, pour avoir été un militant et opposant à cette guerre, semble avoir été un peu plus aguerri que les autres. Ainsi, le film déroule-t-il une chronologie linéaire où se succèdent dans l'ensemble les diverses étapes d'expériences personnelles, plus personnelles qu'historiques à proprement parler : à savoir « la formation militaire », « le voyage », « les premiers jours » et ainsi de suite plutôt que des dates précises ou une contextualisation politique et militaire. Il n'en demeure pas moins que dans le registre du documentaire, le montage est la grande affaire primordiale. Et l'on peut regretter ici un montage trop découpé où les uns et les autres se succèdent trop rapidement, un montage qui ne laisse pas assez le temps à la sensibilité de chacun de ces témoins, à sa voix - c'est-à-dire à un singulier éventail d'émotions, à une analyse et à une compréhension de ce qui a été vécu - de s'installer dans la durée, de s'organiser en discours, ne fût-il que sensible. Ce qui n'enlève rien, sinon de la force, aux propos des uns et des autres mais finit par apparenter le film à ces documentaires américains où les protagonistes lâchent quelques mots avant que le suivant ne prenne la parole à son tour. Peut-être est-ce là une tout autre guerre à mener.
Informations techniques
Métrage : Court
Durée d'origine : 52
Couleur/NB : Couleur