Un groupe d'hommes s'affaire dans un bâtiment délabré. Ils percent des trous dans le sol, fixent des barreaux aux fenêtres, coupent des lanières dans des blocs de mousse...Des intertitres viennent peu à peu éclairer ces images intrigantes, offrant un contexte aux gestes énigmatiques exécutés sous nos yeux : ces hommes, ce sont d'anciens détenus de Palmyre ("Tadmor" en arabe), l'une des prisons syriennes où furent envoyées d'innombrables personnes durant la guerre civile qui sévit au Liban entre 1975 et 1990. ì la suite du soulèvement populaire contre le régime de Bachar Al-Assad en 2011, ces rescapés ont décidé de sortir du silence et de raconter leur expérience dans cette geôle qui comptait parmi les plus terribles du pays. Pour ce faire, ils ont choisi de la recréer dans une école abandonnée non loin de Beyrouth et de se mettre en scène, incarnant tantôt leur propre rôle, tantôt celui de leurs bourreaux. Les préparatifs des acteurs - reproduisant le décor, fabriquant les accessoires - font office de prologue à cette reconstitution aux vertus thérapeutiques. S'ensuit une série de scènes du quotidien carcéral, entrecoupées de récits livrés par les détenus dans un cadre neutre : assis sur une chaise placée au centre d'une pièce aux murs gris, dépouillée à l'extrême, ils témoignent des horreurs qu'ils ont vécues. Pas de larmes, pas de pathos, mais au contraire une simplicité, et parfois même un humour, désarmants. Ils racontent les repas, les inspections, les nuits, la douche - à laquelle beaucoup ne survivaient pas -, les tortures toujours plus inventives, la mort omniprésente, la peur qui régnait nuit et jour. Ils dévoilent le fonctionnement de la prison, la hiérarchie, les rôles imposés aux détenus, justifiant toutes les humiliations, tous les sévices. Ils détaillent les stratégies désespérées qu'ils inventaient pour survivre, envers et contre tout - l'un conversant avec les insectes, l'autre mémorisant le Coran et refusant de donner à ses bourreaux la satisfaction de crier sous leurs coups. Sur les scènes de reconstitution, en revanche, pas de commentaire : le film établit une nette distinction entre ce qui est dit et ce qui est montré. Le principe est plutôt bon, mais si les témoignages frappent généralement par leur puissance, les scènes "jouées", elles, ne sont pas toujours parlantes pour le spectateur. On ne doute pas qu'il s'agisse là d'une démarche cathartique, nécessaire au processus de réappropriation de leur histoire entrepris par ces hommes, mais on peine parfois à saisir la pleine signification de ce que l'on voit. Certaines scènes sont éloquentes - le partage d'un oeuf, minutieusement tranché en parts minuscules à l'aide d'un fil, et réparti à l'aveugle comme on partagerait une galette des rois -, mais à d'autres moments, en dépit de son ambition immersive, le dispositif nous tient à distance, et l'on se prend à attendre le prochain témoignage. Malgré l'inégale efficacité de ses scènes, le film, dans son extrême sobriété, rend un digne hommage à la souffrance et au courage de ces hommes qui ont attendu si longtemps de mettre des mots et des images sur ce qu'ils ont vécu.
Informations techniques
Métrage :
Long
Durée d'origine :
103
Couleur/NB :
Couleur
Exploitation
Exploitation Paris :
1 salles,
126 entrées la première semaine
Exploitation France :
1 salles,
126 entrées la première semaine