Issus de formations fort éloignées du cinéma, les réalisateurs de ce documentaire, Bertrand Hagenmüller (Les Pieds sur Terre, 2017), sociologue, et Bernard Benattar, philosophe du travail, ont filmé dans l'enceinte de trois EHPAD quatre aides-soignants s'occupant de patients atteints de la maladie d'Alzheimer ; " prendre soin " est donc pour eux une profession de foi aussi noble qu'impérieuse, et la condition sine qua non de l'exercice de leur métier. En égard au sujet, on pourrait en déduire que les deux auteurs ambitionnent en premier lieu de mettre en lumière un métier de l'ombre qui, comme on le sait, souffre d'un problématique manque de praticiens ; pourtant, et sans que cette réflexion soit pour autant exclue, ils prennent pour point de départ ce milieu médical à la vue d'une étude sur la bientraitance, un mot que notre entendement aura, pendant une fraction de seconde, tendance à prendre pour un néologisme, tant on est avant tout familier avec son antonyme. Aussi, si l'on pouvait s'attendre au spectacle affligeant d'une dégénérescence irréversible, et corollairement à celui des difficultés rencontrées par un personnel dépourvu de moyens suffisants, on ne trouve rien de tel ici : à la place, et en dépit d'une facture très conventionnelle, voire télévisuelle (la narration juxtaposant des entretiens face caméra avec les aides-soignants, accompagnés ou non de leurs patients, et une captation de leurs tâches journalières se voulant plus naturaliste), le documentaire se singularise cependant régulièrement par sa manière de saisir, sans les interrompre, des bribes de ce quotidien, telle qu'une discussion entre deux femmes nous permettant d'observer comment, petit à petit, le fil de leur raisonnement s'effiloche. Plus soucieux du tissage temporaire de liens (tantôt affectueux, tantôt irrités) que d'un arrière-fond socio-économiquerigoureux, Prendre soin décèle les moments où la frontière entre le professionnel et l'intime s'estompe. Une confusion que l'une des aides-soignantes revendique d'ailleurs en tant qu'exigence personnelle, refusant obstinément de se restreindre à son uniforme. Bien que l'on puisse reprocher aux réalisateurs de donner une vision quelque peu idéalisée de ce milieu (les trois établissements choisis paraissant relever plutôt du haut du panier), il ne s'agit pas tant de minimiser sa rudesse que d'y jeter un autre regard grâce auquel des questionnements philosophiques émergent, et semblent à même de définir les contours d'une éthique de la profession. En effet, face à la douce folie de ces personnes âgées (" la maladie du siècle ", comme l'appelle l'un des intervenants), comment et à quelles fins agir lorsque certaines se laisseraient volontiers mourir ? Quel peut être l'intérêt d'organiser une sortie lorsque la plupart d'entre elles ne se la rappellent pas à la fin de la journée ? Pour ces aides-soignants, ce type de raisonnement utilitariste n'a pas lieu d'être, convaincus qu'ils sont de l'idée selon laquelle même des événements inévitablement voués à l'oubli ne disparaissent jamais complètement, des impressions diffuses parvenant à s'accrocher quelque part chez leurs patients.
Acteur
:
Lika Bazile
(dans son propre rôle d'aide-soignante)),
Luca Celli
(dans son propre rôle d'ergothérapeute)),
Antoinette Tolosa
(dans son propre rôle d'aide-soignante et maîtresse de maison)),
Claire Seguette
(dans son propre rôle de coordinatrice de projets d'animation))
Informations techniques
Métrage :
Long
Durée d'origine :
80
Couleur/NB :
Couleur
Exploitation
Exploitation Paris :
1 salles,
41 entrées la première semaine,
41 entrées totales
Exploitation France :
9 salles,
808 entrées la première semaine,
1 797 entrées totales