Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 2020
Date de sortie en France :
- 11/03/2020
Société(s) de production :
Description
Résumé
Si les documentaires fonctionnent souvent suivant la dialectique homme/territoire (un personnage donné vit dans un lieu donné : quels sont les événements résultants de cette confrontation?), Kongo malmène ce principe. Ici, le sur-humain, apôtre Médard, pasteur guérisseur prophétique, qui emprisonne les diables cafardeux dans des bouteilles, se débat dans une infinité de mondes, visibles ou non, visqueux comme l’eau bénite des cascades ou secs comme les pierres de carrières. Car Kongo, dans son immense ambition humaniste, cherche à capturer les rares instants de manifestation de l’invisible, ce qui en fait un film extrêmement ramassé (1h10 au compteur, qui passent en une fraction de seconde), comme tendu le plus possible vers une mission unique : voir le hors-champ du monde. Cette dimension chamanique, comme si la caméra devenait adjuvant de l’apôtre dans sa quête, fait du film une grande œuvre de vision - la “vision” étant le don de Médard. La folie optique, présente aussi bien dans les orbites affolées des chatons, rouage sacrificiel dans les roulements outrés de Bertille - femme persuadée qu’un diable, commandé par son mari et appelé par Médard, a lancé un éclair sur sa maison, tuant ses enfants -, que chez Médard lui-même, dont le strabisme semble épouser la double vision du prophète, engage une responsabilité du spectateur par l’absence remarquable de jugement normatif : l’invisible existe, et l’opprobre jeté sur l’apôtre, accusé de magie noire, n’est que la matérialisation judiciaire d’une malédiction qui se niche au-delà du corps social et des contingences économiques, dans les cendres des ancêtres, dans l’eau d’une cascade, dans la bouteille - capturant l’esprit maléfique - jetée à la mer. Cette superbe épopée contre la répudiation (le couple apôtre/magie blanche menacé par le diable au noir dessein), donne les images les plus stupéfiantes de Kongo, comme cette purification au long cours dans l’eau ancestrale, mais aussi les plus absurdes (les fantômes appelés au téléphone, ou le simulacre de procès réglé par des coups de mortier). Cette coalescence, qu’on pensait une antienne éventée, entre la tradition et la modernité, donne au film une indolente tonalité ensorceleuse, entre le politique le plus frontal (les Chinois, dont l’industrie dérangent les sirènes - comprendre que ce dérangement n’est qu’un coup de boutoir parmi d’autres aux langues prophétiques, puisque les prêtres blancs se sont déjà chargés des années auparavant d’embrouiller les croyances) et un réalisme magique un peu décati. Plus qu’un film obsessionnel sur le monde des limbes, davantage qu’une étude ethnologique occidentalo-centrée, Kongo est une brèche ouverte sur un monde, qui, comme tout système, est régi par des croyances. Que ces croyances soient encapsulées dans des bouteilles d’eau minérale, ou qu’elles se déchiffrent dans des cahiers noircis de lignes illisibles, ne change rien : on ne peut pas changer la règle du jeu social.
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 70
Couleur/NB : Couleur