Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Date de sortie en France :
- 26/08/2020
Société(s) de production :
Description
Résumé
Il y a plusieurs strates d’amours dans Madame, toutes juxtaposées (et qui, finalement, ne se croisent que peu). L’amour filial, d’un jeune homme pour sa grand-mère, amazone suissesse, figure d’émancipation capitale (doublement capitale : en Suisse autant qu’ailleurs, être indépendante c’est avoir le luxe d’avoir l’argent pour n’en rien faire sinon des loisirs). L’amour social, d’un fils de bonne famille pour sa mère dévouée, son père bosseur cinéphile, son frère, les ami(e)s, bref, ce bloc rassurant d’une vie sur les rails du succès. Mais c’est l’amour charnel qui emporte le morceau : car Stéphane Riethauser, réalisateur et compilateur de sa propre vie, aime les hommes. Il ne le devinait pas enfant, se l’interdisait adolescent, l’assume parfaitement maintenant : c’est donc cet acte d’amour égotiste et humaniste qui apparaît cristallin devant les images - apparemment anodines - de vacances, les prises de vues qui ne camouflent rien en tant qu’images, mais qui, mises en jugement par le regard rétrospectif du réalisateur, deviennent une empreinte du non-dit, une puissance coercitive du foyer bien genré, un espace où l’on endosse le masque social jusqu’à ne plus discerner ce qui relève de la peau ou de la couture. Le plus beau dans Madame réside donc dans l’irrécusable impuissance du sentiment homosexuel dès lors qu’il est refoulé par un jeune homme pour qui sa nature est une trahison de classe : cela se matérialise par une farouche haine des femmes à l’adolescence (surprenante et terrifiante lecture de carnets intimes misogynes, bouteilles à la mer sans destinataire possible, capsules de mal-être), par une sexualisation de soi-même jusqu’au vertige, par une dépréciation de soi qui bute contre l’image bien tenue du fils de bonne famille. Et cette très belle exploration de soi-même et des arcanes de son désir se trouve mêlée à un récit des origines, à travers donc le portrait de Caroline, grand-mère indépendante, prise dans les feux de ses contradictions (son petit-fils est-il déviant ou artiste comme Jean Cocteau?), lucide et extravagante, elle aussi, finalement, toujours au bord de la représentation. C’est dans cette intrication, à coup sûr foisonnante, que le bât blesse quelque peu. Trop court pour raconter cette saga, trop long pour seulement s’atteler à déconstruire sa propre vision bourgeoise du genre et enfin mettre ses pas dans ceux de son désir propre, le film use donc de ficelles (montage elliptique et épileptique, comme détonateur constant du réel banal) pour émouvoir tout du long. Le film joue alors parfois contre lui-même, en butant contre sa propre intimité (les extraordinairement drôles saillies de Caroline à son petit-fils “coiffé comme Quasimodo”), pour chercher la grande émotion à tout prix. Trop de stratagèmes, mais une finesse et une beauté indéniables : Madame, en s’affirmant, manque parfois d’ancrage dans le sol du sentiment, éparpillant ses belles idées aux quatre vents.
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 93
Couleur/NB : Couleur