André Bonzel est un collectionneur de films, ce dans toutes les acceptions du terme, que l'on parle des œuvres ou même du support physique : la pellicule. Cette cinéphilie dévorante et débordante semble presque un virus, un atavisme familial dont il n'est que le dernier légataire. Si l'histoire commence avec un aïeul ingénieur, elle se raccroche tout de suite aux frères Lumière et à leur invention, le cinématographe. L’intérêt immédiat de ses ancêtres pour les prémisses du 7e art, dans une optique artisanale et empirique, permet d'avoir des documents inestimables. Quand l'auteur convoque des souvenirs, par le biais de journaux intimes de membres de sa famille très étendue, il peut coupler son propos, à des captations du quotidien de ces personnes, depuis longtemps décédées. Si la passion de filmer fut initiée par l'arrière-grand-père, elle s'incarne dans chaque génération par l'intermédiaire d'un oncle, d'un parent lointain, se chargeant à chaque fois de prolonger le geste initial de la fin du XIXe siècle. Bonzel lui-même valide sa place dans cette drôle d'aventure en se livrant à une psychanalyse où il n'épargne personne, et notamment pas ce père avec lequel il croyait ne rien avoir en commun, et dont il découvre les contradictions en visionnant de vieux films. Trente ans après C'est arrivé près chez vous, ce retour à la réalisation permet également à André Bonzel de dire adieu à son co-réalisateur Rémy Belvaux, comme une épitaphe à leur chemin de cinéastes interrompu trop tôt. Enfin Bonzel nous présente sa famille, sa femme Anna, ses amis les plus intimes, tout cela par le biais de cet amour de jeunesse, et de toute une vie, que constitue le simple fait de filmer le réel.