Michael Cimino, un mirage américain

Film

Jean-Baptiste Thoret

Année de production :  2021

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 2022

Date de sortie en France :

  • 19/01/2022

Ressortie : 04/09/2024 - France

Description

Résumé

Dix ans après un voyage à travers les États-Unis avec Michael Cimino (1939-2016), Jean-Baptiste Thoret retourne en voiture sur les lieux de tournage des différents films du réalisateur américain. Il commence son périple par Mingo Junction, une ville minière de l’Ohio qui a servi de décor à Voyage au bout de l’enfer en 1978. Les habitants y racontent leur quotidien d’ouvriers, la fermeture de la mine qui a causé le départ des habitants et signé la fin de la communauté. Ils évoquent leur fierté d’avoir servi de lieu de tournage au film, comme leur implication personnelle dans le projet, et leur connexion avec les personnages. Le voyage de Thoret le mène ensuite dans les montagnes sauvages du Montana, où Cimino réalisa le drame qui devait signer sa chute, La Porte du Paradis. C’est un film aux allures de road trip, une vision d’un monde mouvant, les paysages d’une Amérique à laquelle le format du Scope donne enfin sa plénitude. La version cinématographique du documentaire de Jean-Baptiste Thoret - raccourci pour Arte il y a deux ans - sur les traces de Michael Cimino vaut le déplacement, si tant est qu’on ait un peu d’affinités avec le cinéma du réalisateur et les thèmes qui lui sont chers. Comme son obsession pour la communauté, les racines, le « d’où vient-on » qui décide du « qui sommes-nous », ce qu’on n’appelait pas encore la culture Americana mais qui forgea, dès le XIXe siècle, le sentiment précoce d’une grande Histoire. L’Amérique de Cimino est celle des extrêmes, qui confronte une danse joyeuse de mariage à une tragique partie de roulette russe, un ciel immense et une vallée étriquée dans ses falaises. Le documentaire de Thoret, servi par un appétit puissant pour la beauté de l’image, explore des chemins de traverse avant de se confronter à son sujet. Nous sommes à Mingo Junction, le Clairton de Nick, Mike et les autres, et ce sont, forcément, des chants russes qui nous accueillent. « La Russie et l’Amérique se ressemblent beaucoup », racontera la voix de Cimino, qui y voit la même démesure. Dans un bar, ils sont quelques vieux de la veille à se souvenir : les douze heures de travail à la mine, la fête après. Comme dans le film. Les jeunes filles d’alors se rappellent comment elles allaient épier le tournage. L’époque bénie où Mingo Junction était quelque chose, comme si le film avait annoncé - crépuscule bien hâtif - la dégénérescence de ce monde auquel chacun avait encore le sentiment d’appartenir. On quitte Mingo - on y reviendra -, épicentre d’une Amérique blessée. Thoret veut tout nous faire voir, on part à Cleveland, puis pour l’Arizona, le Montana, le pays rêvé. Mais si Voyage au bout de l’enfer avait mené au paradis - cinq Oscars -, La Porte du Paradis sera celle de l’enfer, avec le tournage que l’on sait et la ruine des studios. Cimino essaiera de se relever. Oliver Stone raconte le difficile travail avec un cinéaste en mal d’amour, qui voulait toujours faire plus grand. Cimino avait choisi d’opposer ses fermiers à d’autres Américains plutôt qu’à des Indiens, comme, avant, il avait opposé ses soldats à leurs propres démons. Une Amérique qui se blesse elle-même, comme lui. Cimino rêvait d’adapter Gatsby le magnifique. Quel film !

Genre : Documentaire

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 131

Couleur/NB : Couleur