Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 2022
Date de sortie en France :
- 16/02/2022
Société(s) de production :
Description
Résumé
« Quand je vous ai entendu à la radio, je me suis rendu compte que je fais des films sur la banlieue depuis quinze ans de façon obsessionnelle pour donner, moi aussi, une trace de l’existence des petites vies qui auront disparu », confie, avec gratitude, Alice Diop à l’écrivain-essayiste corrézien Pierre Bergougnioux. Moment éclairant de ce film épistémologique (« Je regrette tout ce qui a disparu, ce qui a été effacé », murmure-t-elle en off), sociologique et politique (en sa plus large acception). Inspiré du journal de bord de François Maspero, Les Passagers du Roissy-Express, dans lequel (Seuil-1990) l’auteur racontait son voyage de gare en gare dans le RER B, ce premier long métrage d’Alice Diop est à ce titre d’une haute et roborative salubrité mentale par sa capacité holistique à définir ce « Nous » qui compose la France d’aujourd’hui. Tout est parti d’un questionnement au lendemain de la manifestation du 11 janvier 2015 en réaction aux attentats de Charlie Hebdo. Pourquoi son aspect monochrome en contradiction avec les commentaires évoquant « la » France ? C’est ce qu’a voulu rappeler et comprendre Alice Diop. Par une magnifique mise en abyme de son interrogation, la réalisatrice enserre ainsi une huitaine de séquences au « cœur » d’une boucle ouvrant sur le chasseur Marcel Balnoas et son fils Ethan guettant un chevreuil en lisière de la forêt, chacun face à face, simultanément épieur et épié, et s’achevant sur la chasse à courre à laquelle ils participent. Entre les deux, elle nous invite à observer pareillement les petites gens. Collectivement : peuple (essentiellement noir) levé aux aurores pour prendre le RER ; ou singulièrement : immigré cassé par la vie traversant une casse de voitures. « Ils sont mesquins avec nous », dit par téléphone, à sa mère, Ismaël, en France depuis 2001, travaillant mais toujours en attente de ses papiers. Avec malice, ici, tout fait miroir. Mais pas seulement classe contre classe. La messe à la mémoire de Louis XVI d’une France blanche immuable renvoie à celle de la chasse à courre, le rafraîchissant passage où trois jeunes tchateuses regroupées rient fait écho à celui où six garçons, chacun dans son coin, s’émeuvent à l’écoute d’Édith Piaf chantant La Foule. La sœur d’Alice Diop, infirmière, allant de malade en malade, pourrait évoquer les rames de RER reliant les gares aux banlieusards et ceux-ci à Paris. Sans oublier, pudiques et émouvants, les inserts de la famille et du père de la réalisatrice, ainsi que ceux de sa voix chaude - incluant son intime à cet extime -, d’images de jour et de nuit, et de cadrages fixes ou à l’épaule, alternant vues d’ensemble des villes et des parcs, et gros plans sur les visages, jusqu’à nous les rendre « palpables ». Aussi, quand surgit en conclusion la sublime chanson de Jean Ferrat Ma France, on est convaincu que, oui, c’est bien cela, la France : un ensemble à la fois uni et composite de jeunes et de vieux, de blancs et de gens de couleur, d’avenir et de passé, de classes aisée et modeste, d’immigrés en butte aux règlements ou accueillis comme le furent les parents d’Alice… Mais aussi infâme avec ses camps tel celui de Drancy, moment éprouvant de ce film pourtant apaisant et salutaire.
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 115
Couleur/NB : Couleur