Mans milakais kars
Film
My Favorite War
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Date de sortie en France :
- 20/04/2022
Société(s) de production :
Description
Résumé
« Les gens sont poussés par l’amour, pas par la haine et la peur. C’est peut-être naïf, mais c’est mon choix. Ça me rend heureuse ». Cette phrase de la réalisatrice Ilze Burkovska Jacobsen, qui clôt son premier documentaire, fruit de neuf ans de travail, le rend magnifique et paradoxal. Magnifique car il suscite peu à peu en nous un bien-être diffus, de par sa forme et la voix malicieuse de Burkovska Jacobsen. Paradoxal car il est impossible de s’abstraire de la guerre qui affecte l’Ukraine en ce printemps 2022. Au point d’en paraître la métaphore sur le fond. Du reste, cette figure de style le nourrit de bout en bout. Tantôt tragiquement : associer la mémoire à une tombe secrète ou aux silences sur les massacres perpétrés en 1943-45 dans le Chaudron de Courlande... tantôt poétiquement : faire de notre destin une rivière apte à emporter les dictateurs et autocrates (ici Lénine, Staline, etc.). Sans oublier ses éclairs d’humour parfois candide (comparer des draps qui sèchent sur des balcons à des drapeaux blancs pour se rendre), parfois cruel (l’officier tuant un soldat pour lui voler son vélo car, résume-t-elle, « lui savait en faire »). Née en 1971 dans une Lettonie sous domination de l’URSS, la réalisatrice puise ainsi dans sa mémoire les faits et découvertes qui l’amenèrent à conquérir sa liberté de penser à 17 ans. En effet, enfant, elle résolut d’être une élève modèle puis leader de l’équipe des pionniers de la Jeunesse Soviétique afin de devenir journaliste. Alors même que son grand-père fut déporté en Sibérie pour avoir été propriétaire de sa terre et hostile aux communistes : « Tu veux devenir une tomate rouge de partout ou un radis rouge uniquement à l’extérieur ? », lui demanda-t-il un jour... Pire, à l’âge de 7 ans, elle perdit son père communiste convaincu, mais sans être dans la ligne, et elle n’osa jamais dire “je t’aime” à sa mère “de peur qu’elle pleure davantage ». Avec finesse, sur un récit alternant avec vivacité dessins animés, images d’archives (défilés, vie quotidienne, leaders soviétiques...) et interviews, notamment d’elle et de son amie Ilga, Burkovska Jacobsen révèle, de façon quasi policière, ce que cachaient les apparences d’alors (immeuble servant à l’armée de l’air soviétique, ou installé sur une tombe à dissimuler ; séries TV genre Quatre tankistes et un chien...) et comment l’enseignement servait à formater les esprits. Et décante, en alchimiste, la façon insidieuse dont la propagande, qu’elle soit politique, de divertissement ou diffusée dans le récit national, fonde tout pouvoir totalitaire. Outre une réelle force d’empathie, Burkovska Jacobsen démontre, de plus, que si vivre c’est accumuler des souvenirs, se souvenir c’est choisir ceux qui nous font vivre. Magistrale mise en abyme ! Dès lors, elle pose brillamment la douloureuse nécessité de savoir perdre ce qui nous rassure au profit du Vrai qui nous construit. « Le but, c’est d’élever » disait son institutrice. Indéniablement, la réalisatrice y parvient. Une leçon civique salutaire, à voir si possible avec des/ses enfants dès l’âge de 12 ans.
Genre : Documentaire
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 82
Couleur/NB : Couleur
Consultation
Lieux de consultation du film et conditions d'accès :
- La Cinémathèque française (Bibliothèque) - Accès libre