Média crash - Qui a tué le débat public ?
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 2022
Date de sortie en France :
- 16/02/2022
Description
Résumé
Ouvrant sur cet incipit : « Il y a ce que vous voyez, ce que l’on souhaite que vous voyiez (sur des extraits d’émissions avec Pascal Praud et Éric Zemmour) et ce que vous ne voyez pas » pour s’achever sur la phrase de Victor Hugo prononcée le 11 septembre 1848 à l’Assemblée Nationale : « Le principe de la Liberté de la presse n’est pas moins essentiel, n’est pas moins sacré que le principe du suffrage universel. [...] Attenter à l’une c’est attenter à l’autre », voilà un documentaire coup de poing dont on en ressort à la fois comblé, révolté, écœuré. Et curieusement de la même façon qu’on soit pour ou contre ce qu’il montre et ce qu’il dénonce. On l’aura deviné, ici, la forme vaut moins que le fond. Et sur ce dernier, on est servis. Réalisé à l’arrache durant l’élection présidentielle de 2022, découpé en trois chapitres (Les incendiaires, les barbouzes, les complices), imprégné de ce ton urticant propre à Mediapart et à son créateur Edwy Plenel, sur un rythme soutenu alternant interviews, extraits de reportages et d’émissions télé sur des scandales récents (depuis les chantiers africains de Bolloré au « financement libyen de Sarkozy » via « l’affaire Cahuzac »), Media crash dénonce, de façon implacable, la concentration galopante des médias aux mains de milliardaires emblématiques (Vincent Bolloré, Bernard Arnault, François Pinault et Jean-Luc Lagardère) pour qui l’information passe après l’argent et le pouvoir qu’ils peuvent en retirer. Sont ainsi décryptés le relativisme préférant l’émotion aux faits au nom de l’audience (« 5 minutes pour les juifs, 5 minutes pour Hitler », résume cruellement Alexis Lévrier, empruntant la formule à Godard), la manipulation des citoyens qu’avait théorisée Edward Bernays dans son livre Propaganda, la lâcheté des « élites », la corruption et les alliances douteuses. Finalement, rappelant que neuf milliardaires détiennent 90 % des médias et que 16 millions d’euros d’argent public ont été versés au titre du soutien à la presse au seul groupe Arnault, appert cette question terrible : quid du journalisme ? Et à travers lui de la démocratie ? Entremêlant avec acuité heuristique, herméneutique, épistémologie et holistique, Valentine Oberti et Luc Hermann dénoncent ainsi le mélange des genres entre divertissement et infos, intérêts privés et publics tel l’usage de la DCRI (devenue DGSI) contre Fakir, le journal de François Ruffin... C’est incandescent, effrayant, salutaire. Deux petites remarques vénielles dans ce combat entre David et Goliath. D’une part, la confusion faite, comme souvent, par les intervenants entre l’État, qui est un ensemble de moyens, et le gouvernement, qui l’utilise à des fins parfois funestes, ainsi que montré, du reste. D’autre part, l’absence d’interrogation sur l’apathie des citoyens pourtant informés de ces faits. Se réveilleront-ils telle la grenouille plongée dans l’eau froide qui réalise trop tard qu’elle va mourir ébouillantée ? Encore une fois, il faut voir, dans cette forme de réserve, un hommage en creux à la qualité de ce film qui nous rappelle combien, quel que soit le jugement qu’on porte sur lui, Mediapart se range sans conteste dans la catégorie des indispensables lanceurs d’alerte.
Genre : Documentaire
Informations techniques
Métrage : Long