L'Ombre de Goya par Jean-Claude Carrière
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Année de sortie dans le pays d'origine : 2022
Date de sortie en France :
- 21/09/2022
Numéro RCA / VISA : 153085
Classification :
- Tous publics - 19/09/2022
Société(s) de production :
Description
Résumé
Un chef-d’œuvre foisonnant sur le fond, maîtrisé - et avec quelle intelligence ! - sur la forme. Comme l’annonce son titre, ce film en couleurs sur le créateur des « Peintures noires » va tout autant éclairer Goya que ce que recèle son ombre. « Qu’est-ce que je vois que tu ne vois pas ? », fait ainsi dire Jean-Claude Carrière à un tableau. Multipliant les musiques (classique, folkloriques espagnoles, opérettes, airs lyriques…), alternant les paysages, interviews, extraits de films, tableaux du maître, lieux... rythmant le tout par un habile maillage de travellings, de gros plans, de panoramiques y compris par drones... filmant souvent à partir de diagonales, tel Goya structurant ses peintures... le film emboîte, façon poupées russes, sans jamais heurter la logique et la fluidité de la narration, les portraits du peintre, de Carrière et de Luis Buñuel. Les artistes comme leurs œuvres. C’est brillant, vif, parfois fascinant, toujours pénétrant. Et même amusant. « Il y a eu trois sourds aragonais dans l’histoire espagnole, expliquait malicieusement Buñuel à une journaliste. Goya, Beethoven et moi ». Et Carrière, relatant cette anecdote, de sourire au doute qu’eut un moment la femme quant à la nationalité de Beethoven. Idem quand, planté devant le tableau de la Mara nue, notre scénariste, commente : « J’ai l’impression que sa bouche va s’ouvrir et qu’elle me dit “qu’est-ce que tu attends ?” », rappelant qu’il signa le délicieux et libertin Les Mots et la chose (1991). Plus ironique, il se demande si Goya, qui travailla tant, eût accepté le « Repose en Paix » figurant sur sa tombe. À l’image des tableaux de Goya “remplis de symboles”, ce parcours authentiquement initiatique ne cesse ainsi, au fil des intervenants, de faire émerger ce qui est caché : de son style et sa technique à son côté “physique quantique” (il a introduit la subjectivité de l’artiste dans l’œuvre). Le décryptage « einsteinien » des trois dimensions du temps de son fameux tableau « Tres de mayo » est à ce titre sidérant. « Quelque part, Goya est une fontaine pour tous », s’amuse Carrière, à partir du nom du village de naissance du peintre (Fuendetodos). Tandis que Julian Schnabel souligne la générosité et la curiosité communes à Carrière et à Goya. D’abord lumineux et éclairant, le film s’assombrit en abordant la surdité du peintre, son retrait vers le silence intérieur et sa mort. Avec un détour bouleversant quand Carrière visite les ruines de Belchite (près de Fuendetodos), qui fut à la Guerre civile espagnole ce qu’Oradour est chez nous pour la Seconde Guerre mondiale. Entouré d’exilés, ce que fut Goya à la fin de sa vie et Buñuel durant la sienne, Carrière disait qu’être « enterré dans son village natal, est un privilège ». In fine, le peintre espagnol et le scénariste français l’auront pareillement connu. Ainsi, ce qui aurait pu n’être qu’un documentaire (magnifiquement) académique sur un des plus grands témoins (sourd) de son siècle, artiste de cour attiré par le peuple, se révèle une exceptionnelle exploration épistémologique, sociale, politique, historique, humaniste, artistique.
Genre : Documentaire
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 87
Couleur/NB : Couleur
Sonore/muet : Sonore