Originaires de la cité de la Grande Borne à Grigny, Golo et Ritchie ont su conquérir un large public grâce à leurs vidéos virales, suivies par plus de deux millions et demi de followers sur les réseaux sociaux. Leur contenu, souvent empreint d’humour et de spontanéité, offre une fenêtre sur leur quotidien dans un milieu urbain défavorisé. Ce qui fait la force de leur duo, c’est l’alchimie unique entre Golo, véritable concentré d’énergie positive, et Ritchie, atteint d’un léger autisme. Martin Fougerol et Ahmed Hamidi ont capté cette dynamique dans un documentaire poignant, suivant Golo et Ritchie dans leur tour de France en tandem. Ce road-trip à vélo, parti d’une simple impulsion, devient rapidement un prétexte pour élargir leurs horizons et briser les frontières invisibles qui séparent la banlieue du reste du pays. Le périple commence à Marseille et les conduit de ferme en ranch, où ils découvrent la dure réalité de l’agriculture et s’essaient au rodéo mécanique avant de monter pour la première fois à cheval. Golo raconte son passé difficile, marqué par la délinquance et la prison. Aujourd’hui, il veut prendre sa revanche sur la vie en montrant à sa communauté que des valeurs positives peuvent émerger de l’adversité. À Vienne, ils explorent les arènes romaines. À La Grande-Motte, ils goûtent au luxe d’un hôtel et au plaisir d’un spa lesquels cèdent vite la place à l’austérité d’une journée passée dans un couvent, où Ritchie improvise une prière avant que Golo ne lui lance un touchant « je t’aime ». Lors d’une rencontre dans une école, ils parlent de leur vie d’influenceurs, avant d’assister à une prière dans une mosquée. De retour à Grigny, ils sont accueillis en héros par les jeunes du quartier. Le documentaire, qui navigue habilement entre des scènes rappelant les aventures décalées de Paris Hilton et Nicole Richie dans The Simple Life et l’approche immersive d’Antoine de Maximy dans J’irai dormir chez vous, réussit à capturer l’essence de l’aventure. Ici, deux jeunes issus de la banlieue s’immergent dans des réalités qu’ils n’ont jamais côtoyées, et ce sans moquerie ni caricature. Au contraire, le film invite à sortir de sa zone de confort, de son schéma de pensée, pour s’ouvrir à l’autre, dans un esprit de partage et de découverte. D’ailleurs, les protagonistes, tous deux de religions différentes, prennent soin de visiter tour à tour un couvent catholique et une mosquée, mettant l’accent sur la possibilité d’une cohabitation sereine entre croyances. Bien que la durée du documentaire (1h15) ne permette pas d’explorer en profondeur toutes les rencontres, il atteint néanmoins son objectif : briser les stéréotypes et montrer que l’ouverture d’esprit est la clé pour rapprocher les mondes. Si certaines répliques, parfois dignes de Jean-Claude Van Damme – « dans la vie, si tu n’ouvres pas la porte, tu restes derrière la porte » - sont à prendre avec dérision, elles ne dévalorisent en rien le message sérieux du film. Enfin, la bande-son constitue un choix judicieux, déjouant les attentes d’une musique rap souvent associée à la banlieue pour proposer un mélange surprenant de classique et de blues, renforçant ainsi l’idée d’hybridité culturelle.