L'Usage du monde : Voyage entre nature et culture

Film

Agnès Fouilleux

Année de production :  2023

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 2024

Date de sortie en France :

  • 18/09/2024

Numéro RCA / VISA : 161348

Classification :

  • Tous publics - 15/02/2024

Description

Résumé

« La terre n’est pas la planète des hommes », assène le préhistorien Jean-Paul Demoule. Ce quatrième long métrage cinéma de la documentariste indépendante Agnès Fouilleux nous le rappelle, associant philosophie, anthropologie, littérature, sociologie, politique... Sur la forme, l’alternance des interviews, images de la nature, inserts littéraires (Thoreau, Giono, Pline l’ancien...), d’extraits de films et d’émissions radio assurent le rythme. Grâce à un montage habile, images couleur et noir et blanc, sons, voix, bruits divers (des cris d’animaux aux tirs de fusil...) s’interpénètrent et se répondent (Claude Lévi-Strauss semble même parler au présent !). Le récit équilibre parfaitement le linéaire historicisant la séparation entre l’homme et la nature et les explications thématiques façon École des annales. Nec plus ultra, les noms des intervenants s’affichent régulièrement, nous les rendant identifiables et familiers. Sur le fond, ce film analyse clairement l’affligeant bilan de notre appropriation de la nature, de notre mépris envers les autres espèces (animales et végétales), des dangers quasi irréversibles dus à l’anthropocène, à l’aune de la phrase de l’écrivain Luis Sepúlveda : « Raconter c’est résister ». Affirmation amphibologique puisqu’ elle peut s’entendre par résister contre le changement mais aussi le maintien d’un usage. Car, ainsi que le précise le chercheur Ludovic Slimak, « les hommes préfèrent les habitudes issues de la tradition (usage) aux contraintes factuelles et rationnelles (utilisation) ». De même, relève la philosophe Catherine Larrère, comme dans toutes les cultures le mythe associe la nature à la femme et celle-ci au ménage, « on se dit que Gaïa nettoiera nos ordures ». Le discours se fait aussi heuristique quand, extrayant des morceaux de silex ayant servi à tailler, Demoule s’enthousiasme : « On va relire les artisanats », épistémologique avec Claude Génot constatant que l’humain veut maîtriser la nature par peur car « dès que l’homme recule, la nature avance ». Puis, prenant acte qu’on « est le dernier rempart avant que certaines populations disparaissent complètement » (Christophe Grèze) et que « les sociétés sont ce qu’elles décident d’être » (Demoule), la réalisatrice propose son antithèse : « qu’à partir du mythe, la nature devienne un partenaire et non plus un décor (Catherine Larrère) », faire que « la nature sauvage revienne dans les cultures avec ses bénéfices » (Sabine Couvent) ou encore : « modérer les dérèglements de la société pour retrouver un optimisme raisonnable » (Lévi-Strauss). On regrette alors l’absence d’un neuroscientifique qui exposerait les raisons pour lesquelles notre cerveau nous amène à négliger les alertes émises par la nature, favorisant notre hubris. D’autant que l’insert final nous rappelle l’urgence de la situation via la liste des espèces disparues en cinquante ans (de 68 % pour les oiseaux, poissons... à 80 % pour les insectes). Mais ce sont là des remarques vénielles au regard de ce plaidoyer lumineux où tout fait lien dans sa structure et qui nous invite à reconsidérer celui qui nous unit à la nature. À l’instar du malicieux générique final intégrant le nom des participants à ceux des animaux vus, entendus et décrits... par ordre d’apparition à l’écran !

Genre : Documentaire

Générique

Production - Distribution :

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 106

Couleur/NB : Couleur

Sonore/muet : Sonore

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