En 2001, les États-Unis sont attaqués par Al-Qaïda et l’Afghanistan est bientôt au centre des attentions internationales. En 2002, Claude Baechtold, jeune journaliste suisse qui vient de perdre ses parents dans un accident de voiture, est envoyé à Kaboul. Il y rencontre Serge Michel, rédacteur du Figaro chargé de rendre compte de l’état du pays après le retrait des troupes états-uniennes, et le photographe Paolo Woods. Tous deux le convainquent de les accompagner à travers l’Afghanistan. Claude achète une caméra dans un bazar et les suit dans une voiture conduite par le jeune Najib. S’ensuit un voyage de deux mois, jusqu’au passage de la rivière Boom, lors desquels les trois journalistes deviennent amis et rencontrent la population. Vingt ans plus tard, Claude Baechtold retrouve les cassettes relatant ce voyage et décide d’en faire un film. Riverboom n’est donc pas à proprement parler un documentaire sur l’Afghanistan, mais davantage un film de voyage, bricolé à partir des rushs de Baechtold mais aussi des photos prises sur place et de nombreuses images d’archives (notamment des combats) qui viennent nourrir un montage énergique où se mêlent les sons d’époque et la voix off du réalisateur, ainsi qu’une musique pop-rock qui nous met tout de suite dans l’ambiance. Baechtold recourt à de nombreux procédés (arrêts sur image, commentaires dissonants...) qui créent souvent une distance entre l’image et le son. Vingt ans après les faits, la distance est bien là, et le récit devient autant celui de cette amitié entre les trois protagonistes, forgée dans un contexte si particulier, que celui d’un homme mûr sur un jeune homme encore dans l’apprentissage de sa fonction - puisqu’il se retrouve embarqué dans cette aventure malgré lui. Claude se présente donc comme “le caméraman qui tremble de peur sous sa pashmina” tandis que ses nouveaux amis, têtes brûlées décidées à saisir coûte que coûte la réalité d’un pays laminé par les guerres et la pauvreté, à la recherche du scoop, du reportage qui fera mouche, foncent vers le nord, quittant Kaboul pour les territoires des clans tribaux. On pense alors au roman d’Eric Newby, Un petit tour dans l’Hindou Kouch, qui en 1956 racontait le voyage de deux alpinistes anglais dans le Nouristan et confrontait leur vision du monde à la réalité. Un texte où la distance relevait d’un humour plus fin, moins potache que celui de nos reporters de choc. Le documentaire a un peu les défauts de ses qualités, une générosité, un côté foutraque à la fois stimulant et un peu vain. Les images rendent toutefois bien compte de la réalité d’alors, et le montage vise évidemment à créer des effets, sinon comiques, du moins divertissants. Si l’on ne s’ennuie donc jamais à suivre les pérégrinations du trio, on s’interroge sur leur attitude souvent condescendante, occidentaliste, vis-à-vis de la population. Pour autant, le film réussit à saisir l’essence du reportage de guerre, dans un climat d’insécurité constant (que ce soit à travers le portrait des hommes armés ou la peinture de ses territoires inhospitaliers), avec ses légitimes interrogations sur l’attitude à adopter face aux interlocuteurs ou sur les enjeux géopolitiques.