Sorti en Espagne en 2023, ce documentaire s’attache aux pas de moines et moniales ayant choisi la clôture. Découpé en trois chapitres, Le Chemin, La Vérité, La Vie, lesquels sont là pour rappeler la phrase de Jésus de Nazareth, « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi », ce travail donne à voir précisément ce qui ne se montre pas : les éclats graves, profonds, lumineux, introspectifs, parfois joyeux, d’une vie de clôture, vie en communauté où la solitude est pourtant la règle. « Je suis heureux, mais mon bonheur a la forme d’une croix », résume ainsi un moine qui ne fait pas mystère des nécessaires renoncements traversés. Issus de douze monastères d’ordres contemplatifs, bénédictins et cisterciens, les religieux ici interrogés sont soumis à la règle de Saint-Benoît : travail et prière. Tous, saisis dans leurs activités quotidiennes - ménage, toilette, promenade, conversation, prière, lecture -, prennent le temps de revenir sur ce moment de bascule infiniment intime, dit de la conversion, où le Christ s’impose à eux, alors même que, parfois mariés, parents, insérés socialement, ils étaient totalement engagés dans le monde. Creusant le bouleversant mystère de la foi, interrogeant le pourquoi d’un libre renoncement à tout pour ne vivre que pour Dieu, Santos Blanco alterne les témoignages, souvent poignants, les moments de la vie enclose et, hélas, de grotesques travellings sur la vastitude des paysages et la sauvagerie des éléments. Or, c’est là que le bât blesse. Loin de se contenter de la sobriété des témoignages, sidérants d’intensité, de précision et de délicatesse, tout est noyé sous une bande-son omniprésente, bouffie d’accords symphoniques, et de travellings vertigineux à l’esthétisme appuyé. Ainsi en est-il de l’écume d’une vague marine retombant sur un autel dans un effet qui confine au comique. Ce continuel va-et-vient entre le monde extérieur, où la beauté de la création est excessivement surlignée, et le monde intérieur, tout vibrant de l’appel monastique, finit par user. Les plans, très travaillés, tout en clair-obscur, présentant les religieux assis dos à un feu, dans la splendeur d’une bibliothèque de monastère ou le dépouillement d’une cellule de moine, s’inspirent à l’évidence des toiles flamandes, la coiffe des moniales évoquant les hennins, et l'habit blanc et la barbe pleine des moines les sobres tenues des toiles religieuses du XVIème siècle. Sous l’afféterie de la mise en scène, reste heureusement intact le mystère de la foi et la puissance de ce qui est dit. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu », nous dit le Prologue de l'Évangile selon Jean. Du verbe, nous aurions aimé nous contenter car quelle authenticité dans les propos tenus. Tous ont traversé ce miracle d’amour qu’ils appellent Christ, et tous cherchent à nous en rendre compte dans l’impossibilité qui leur est pourtant faite d’en partager le bouleversement. « Le Christ vit. Et toi où es-tu ? » se sont-ils tous un jour demandé. Répondant non pas tant à la question qu’à l’appel, les voici devant nous. Alors, sous le pompeux du travelling, apparait enfin dans sa vérité le beau risque de la foi.