Il y a deux manières d’envisager Guadalupe. Au premier degré, il y a un projet hagiographique. Lequel est dédié à la vierge de Guadalupe, un des grands mythes fondateurs de l’identité nationale mexicaine. Chaque année, la basilique catholique qui lui est consacrée à Mexico, accueille près de 20 millions de pèlerins - faisant d’elle le second lieu de culte catholique le plus visité au monde, après le Vatican. Il suffit de lire la note d’intention pour saisir les enjeux de la production : « Avec ce film, nous nous sommes fixés des objectifs très élevés : recréer dans le cœur des gens d’aujourd’hui l’effet merveilleux que les apparitions de Notre-Dame de Guadalupe ont eu au Mexique en 1531 », déclare le coréalisateur et producteur du film, Andrés Garrigó. Pour ce faire, il faut opter pour une forme permettant d’élargir le simple examen historique : le docufiction. Le programme se compose ainsi d’un volet documentaire, composé de divers témoignages. Du Mexique à l’Allemagne, en passant par les États-Unis, Garrigó et Moreno recueillent différentes paroles : des témoignages « scientifiques », des récits de conversions et de guérisons, ou encore des déclarations des hautes autorités religieuses. Et, entrecoupant ces entretiens, une reconstitution fictive vient retracer l’histoire originale des apparitions de Notre-Dame de Guadalupe : il y a près de 500 ans, sur la colline de Tepeyac, près de la ville de Mexico, celle-ci est apparue au jeune Aztèque Juan Diego. Elle le missionne alors de convaincre l’évêque de construire un temple à ce même endroit. En guise de « signe de Dieu », elle lui confie son image miraculeusement peinte sur une tilma, un tissu aztèque. Jusqu’à aujourd’hui, l’image prodigieuse constitue une énigme pour la science, tant pour ses détails que pour ses propriétés physiques... Bien trop classique dans sa dimension éducative, Guadalupe pêche davantage par une réalisation prosaïque lorsqu’il s’aventure sur le chemin de la reconstruction. Cette absence de cinéma se révèle d’autant plus flagrante lorsque l’on s’intéresse aux messages du film documentaire. Lesquels sont assénés de manière grossière et maladroite. Au fur et à mesure, un sentiment se confirme : l’hagiographie cache en réalité un dessein prosélytique. Au second degré, donc, Guadalupe se fait la promotion instrumentalisée de discours douteux sur les folklores conservateurs. En témoigne un segment larmoyant et moralisateur consacré au mouvement pro-vie. De plus, Garrigó et Moreno n’hésitent pas à enjoliver l’Histoire. Plus particulièrement, la conquête de Mexico par Hernán Cortés en 1521 : à cette époque, l’indignation provoquée par les sacrifices aztèques a légitimé la conquête espagnole, puis les évangélisations forcées par des missionnaires franciscains. Les réalisateurs balayent alors les controverses historiques et politiques au profit d’un ton presque idyllique. In fine, cette faillite morale et éthique vient éclipser les quelques points intéressants - ou étonnants - du documentaire : l’origine des cantiques Las Mañanitas et La Guadalupana, les études réalisées autour de la Tilma, ou encore le portrait critique de Hollywood (ce « lieu de péchés sexuels et d’addictions »).