Après cinquante ans de lutte armée, les guérilleros des FARC (Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes), déposent les armes suite à des négociations de paix entreprises avec le gouvernement. Pierre Carles, proche du mouvement, capte ce moment de bascule où les combattants quittent leur territoire, la forêt, pour retourner à la vie civile. Les idéaux communistes sont désormais portés par un parti politique, mais les termes du traité ne sont pas respectés par le gouvernement, laissant aux militants un regard amer sur le processus. Au sein de la formation, créée en 1965 pour protester contre l’ingérence américaine dans les affaires du pays, ainsi que la concentration des terres entre les mains d’une poignée de propriétaires, hommes et femmes se sont engagés dans la guérilla, menés par un leader charismatique, Manuel Marulanda. C’est la doctrine communiste qui, dès lors, régit la vie dans la forêt, lieu de retranchement après des escarmouches avec les forces du gouvernement. L’impôt révolutionnaire est prélevé sans discrimination chez les propriétaires et les narcotrafiquants. Puis, dans les années 2010, des négociations de paix sont conduites entre le gouvernement et les leaders du mouvement. En contrepartie de l’arrêt des hostilités, les combattants réintègreront la vie civile, et hériteront de terres cultivables... Mais, dès que les armes sont remises aux émissaires de l’ONU, les termes de l’accord semblent être ignorés par les autorités. Les arrestations ou éliminations des chefs historiques perturbent la vie politique du pays, et les scissions au sein du parti s’intensifient, certains décidant de reprendre les armes. La lutte continue donc. Depuis longtemps immergé dans l’histoire des FARC, témoin privilégié et proche de certains de ses dirigeants, Pierre Carles revient sur la trajectoire de ce mouvement au moment même où celui-ci dépose les armes. C’est par sa probable conclusion que débute donc, pour le spectateur néophyte, le récit de l’histoire des FARC. Leaders et combattants s’apprêtent à changer de vie, à quitter l’organisation collectiviste qui régissait leur quotidien pour intégrer une société individualiste. La fraction se fractionne, et peine à concrétiser des modalités alternatives d’exploitation des terres. Le film insiste notamment sur l’esprit de revanche qui anime le gouvernement, obligé de négocier un traité quand il aurait préféré célébrer une victoire franche. La proximité qu’entretient Carles avec les protagonistes, de même que son commentaire, qui consiste en une adresse à un compagnon de route, ne laissent pas beaucoup de possibilités au spectateur pour prendre de la distance avec le message politique. Si le bilan de l’action des FARC est rapidement expédié, le film retient toutefois l’attention en suivant au fil des années des personnes obligées de faire un choix radical : être dans ou contre la société. Grâce à de nombreuses archives, et à une narration qui joue habilement avec les époques, exposant clairement les enjeux, le film, malgré sa longueur, se suit avec un intérêt constant. Même si, parfois, on se demande si l’empathie ne trahit pas une certaine partialité. Il était une fois une révolution...