Avec Détours, Philippe Petit signe en apparence un documentaire personnel, intime. Le cinéaste quitte sa famille, femme et enfants, temporairement, pour retrouver sa mère, en EPHAD, à Toulouse. Sur la route, il se perd, fait des détours, revoit des amis, à mesure que les souvenirs et les fantômes du passé resurgissent. Pourtant, tout ce parcours, tout ce retour en arrière, vers le passé, vers les fondements de son existence, sonne la plupart du temps faux. En cause, une mise en scène trop appuyée - qui n’est d’ailleurs pas vraiment élégante -, clairement visible dans le découpage, dans les choix de cadre, dans les dialogues. Cette profusion d’éléments visant à organiser le récit et la façon de filmer, donne à la première partie de l’œuvre (qui dure environ une heure, quand même) une tonalité ironique froide. Philippe Petit s’amuse de lui-même, des gens autour de lui, peut-être même du spectateur : il paraît bien seul à mener ce jeu. Les protagonistes, principalement des amis filmés, restent pour les spectateurs de complets anonymes, sans qu’aucun personnage in fine ne nous reste en mémoire. Petit, pourtant comédien, ne parvient pas à intéresser, à captiver, au contraire de Déni Oumar Pitsaev dans Imago (où le cinéaste se met également en scène dans une situation documentaire tout en la tournant en dérision ; son film, bien plus réussi, est à la fois plus grave et plus drôle). Sa présence n’est pas assez marquante, tout comme les actions représentées et les tentatives d’humour qui laissent la plupart du temps froid. L’acteur-cinéaste se présente lui-même comme fortement autocentré, et le point de départ du film n’est d’ailleurs pas tant la maladie dégénérative de sa mère que le risque que lui aussi soit touché plus tard par ce mal, qui pourrait être héréditaire. Heureusement, vient le documentaire, et face à la force du réel, et du personnage de la mère, le cinéaste semble mettre de côté un temps son égocentrisme et son ironie. La mère apparaît à plusieurs reprises, d’abord brièvement, puis plus longuement, dans un ensemble de séquences, proches de la fin, qui constituent le cœur du film et parviennent, malgré tout, à émouvoir. Ce long passage, le plus cohérent temporellement car étendu et dense bien que resserré dans le temps objectif, ressemble à l’un de ces moments de vérité qui parfois nous sont offerts dans le drame de l’existence : ces moments où tout s’éclaire d’un coup, où la complexité du vécu s’efface devant la certitude d’une émotion, d’un souvenir, en l’occurrence d’une relation (que le cinéaste a la pudeur de ne pas nous raconter, qu’il a la générosité, cette fois, de nous laisser imaginer). Si l’œuvre se clôture finalement par un retour sur soi, si l’on peut douter de la conscience qu’a la mère du geste cinématographique de son fils (et donc du fait que ce film dans son ensemble, même dans ces scènes, puisse ne pas être encore un geste égoïste), un certain charme a opéré et reste en mémoire. Il demeure regrettable que le cœur voulu (trop voulu ?) du film, consistant en ces « détours », en soit la plus grande faiblesse.