« C’est la réalité des personnes vivant dans la pauvreté », se désole Rio Hada, Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme, annonçant, le 17 octobre 2023, que Mamadou Diallo (26 ans) n’a pas reçu de visa américain pour venir célébrer à New York la journée consacrée à la pauvreté dans le monde, faute d’une famille pouvant assurer son retour en France. Tourné sur huit mois, étincelant de couleurs, parfaitement rythmé, chapitré en quatre parties, fuyant tout misérabilisme, pathos, ou moralisme, I am the Future est un film infiniment tonique, vivifiant et solaire, tant de par la personnalité de ses quatre intervenant(e)s qu’au travers des partis pris scénaristique et musical. On en ressort enthousiaste, admiratif, révolté, désespéré, et en se demandant comment on pourrait les aider, notamment quand les inserts de fin nous apprennent que Mamadou, Dian, Soumayraa et Laxmi cherchent aujourd’hui encore du travail et à réaliser leur rêve. Voire les deux à la fois... En effet, mariant avec bonheur documentaire et fiction, brandissant l’art (peinture, photo, cinéma, danse) comme arme de résilience et de construction de soi, ouvrant chaque section sur un proverbe propre à la culture des protagonistes, ce film choral aux couleurs souvent éclatantes, alterne, avec vivacité, plans rapprochés sur les visages et larges sur les paysages, rendant esthétiques les plus triviaux (décharges, autoroutes, bidonvilles...), et reliant l’ensemble à la conférence telle la spirale d’un tapuscrit. En appert, au fil des images, un constat à la fois sociétal (« étant un noir, tu n’es pas le bienvenu ici », dit Ali à Mamadou), humain (« imagine quand tu arrives dans un pays, tu as un petit sac, c’est tout ce que tu as dans le monde », dit Mamadou), géopolitique (« mon pays, c’est juste un point sur la carte », affirme Dian), ou politique (« les femmes arabes et non-arabes ont un grand pouvoir : être mère, épouse, travailler à l’extérieur, servir son pays. Les hommes ne tiennent pas cinq minutes avec les enfants », affirme une amie de Soumayraa)... La poésie est constante, soit par le verbe (« Je veux que cela brille comme dans les yeux d’un enfant », dit le professeur de danse), soit par les images (les peintures rendant vie et couleurs, ici à une autoroute, là à une rivière, voire encore à cette vague d’eau suivant furtivement Dian et son amie dans la rue alors qu’elles évoquent une récente inondation...), sans oublier ces danseurs masqués évoluant au centre pour mineurs abandonnés ou ces démons auditionnant Dian. Ainsi, sous une joie apparente sont dénoncées sans concession les conditions de vie des femmes, des émigrés, des enfants mariés de force, de tous les pauvres qu’on ignore sauf le temps d’une catastrophe aux infos... « Je sens que je suis très heureuse », confie néanmoins la souriante Dian tandis que Soumayraa conclut au micro : « Mon rêve demeure. Je veux que les femmes puissent sortir librement dans la rue sans être accompagnées d’un homme. C’est pourquoi ma devise est : n’abandonne jamais ! Les grandes choses ont besoin de temps ». Espérance ? Utopie ? Manifeste ? Peu importe : une promesse d’avenir splendide et réconfortante.