Depuis 2022, l’Ukraine est en guerre avec la Russie qui veut l’annexer par la force. Dans ce contexte, garder les écoles ouvertes est autant une nécessité démocratique qu’un devoir de résistance. Le personnel des écoles s’y engage et organise au mieux le déroulé de l’année scolaire. Des classes maternelles abritées au sous-sol au spectacle de fin d’année dans la cour, dansé par des lycéens, l’apprentissage continue malgré les alertes aux bombes, les coupures d’électricité et l’inquiétude constante. La population envoie ses enfants, futurs citoyens, à l’école, en attendant la paix. Ce qui frappe dans Premières classes, c’est le sentiment familier généré par la déambulation dans un espace scolaire aussitôt perturbé par les signes de la guerre. Celle-ci existe via des sons lointains de bombardement ou des bâtiments en ruines, dans lesquels tiennent encore les souvenirs colorés d’une école. Ici, des murs qui tiennent, là-bas, des plaies béantes. Durant la guerre les écoles restent ouvertes : mathématiques, sport, danse, anglais, peinture, le programme continue, des maternelles aux lycéens, et tous les établissements essaient de maintenir un semblant de normalité, tout en s’adaptant aux aléas des bombardements. La guerre n’existe que dans un hors champ radical. Elle semble lointaine mais elle est partout à l’écran : dans les minutes de silences, dans les discussions et surtout dans les alertes amenant les cours à continuer au sous-sol. La réalisatrice a choisi de narrer ce terrible quotidien à travers différentes classes sans s’attarder sur un personnage en particulier ; c’est la dimension collective de la situation qui est captée ici. Ces chroniques scolaires dessinent un Blitz ukrainien où chacun fait preuve de résilience. La mise en scène nous met en observation, nous laissant contempler la résistance pudique du personnel scolaire ou les visages mystérieux des fillettes qui se mettent parfois à pleurer, sans que l’on sache l’objet du chagrin. Le conflit infuse les esprits et s’incarne ici et là ; une adolescente évoque sa dextérité au fusil, une soldate témoigne directement de ses traumatismes au combat. Des moments de joie et de réjouissance émanent également, l’enthousiasme des enfants à apprendre se manifeste malgré l’angoisse qui pèse visiblement sur les humeurs. Un élève s’ennuie devant son écran d’ordinateur alors que sa classe a lieu en visioconférence, on utilise même des smileys autocollants pour exprimer son humeur du jour ; pas de doute, nous sommes dans les années 2020 et non pas dans un conflit du siècle passé, malgré un sentiment d’écho. Le patriotisme s’exprime également par touches, on chante l’hymne, on brandit des drapeaux jaunes et bleus ; pourtant le numéro de danse des adolescents ressemble à tous les spectacles scolaires. C’est d’ailleurs dans ces moments où les enfants se rassemblent, se meuvent, s’entraînent au basket, dansent, trépignent ou suivent la discipline exigée, que la réalisatrice cherche en continu la grâce. Des instants où ces corps juvéniles et bien vivants, menacés chaque jour par la guerre, interprètent la chorégraphie du peuple espérant l’avenir.