Né de la collaboration entre Courtney Stephens et Callie Hernandez, le film reste fidèle à son titre en explorant une forme hybride, à la croisée de la fiction et du documentaire. Si elles ont coécrit le scénario, c’est Stephens qui signe la réalisation, tandis qu’Hernandez incarne le rôle principal : Carrie, la fille d’un inventeur fantasque récemment disparu. La dimension autobiographique est manifeste, puisque le père de l’actrice était lui-même inventeur. Elle puise dans sa propre histoire pour donner chair à son personnage fictif, mêlé à des archives personnelles de son père. Dès les premières minutes, le spectateur partage l’errance de Carrie. Sans contextualisation, le film nous entraîne, pas à pas, dans la découverte de la vie de son père, sous la forme d’une enquête. La jeune femme tombe des nues lorsque l’homme chargé de gérer les affaires de son père lui apprend que celui-ci n’a presque rien laissé, et qu’il avait ouvert plusieurs comptes bancaires sous différentes identités. Avec son image granuleuse et ses allures de reportage des années 1990, le film suit Carrie dans les démarches qui suivent la mort de son père. Derrière l’apparence d’une production indé modeste, le scénario repose sur un point de départ absurde mais traité avec beaucoup de sérieux : l’unique héritage laissé à la jeune femme est une machine mystérieuse, conservée au fond d’une cave. Présentée comme un dispositif de bien-être électromagnétique, cette étrange invention serait capable de guérir n’importe quoi. Dès lors, une question traverse le récit : le docteur Hernandez était-il un génie incompris ou un charlatan ? Malgré sa stupéfaction, Carrie adopte parfois une mine pince-sans-rire face aux admirateurs illuminés de son père, un des gags récurrents d’Invention. Mais le véritable moteur de cette histoire singulière réside dans l’apparition répétée d’extraits d’archives d’émissions télévisées, où le père déploie ses inventions et ses discours complotistes face à des présentatrices. Sur cette structure narrative parfois bancale, portée par une musique lunaire signée du Français Charly Oleg, se dessine progressivement le ton décalé du film. Sans vraiment savoir où elle va, Carrie rencontre amis et connaissances de son père pour tenter de percer le mystère de son invention. Elle croise tour à tour Tony, un antiquaire persuadé qu’il aurait pu vendre le projet à des investisseurs ; une femme désespérée qu’aucun traitement ne pouvait soulager et sur laquelle la machine semble agir ; et Sham, avec qui elle entretient une liaison, partage des moments de répit, offrant au récit une touche d’émotion bienvenue. Des plans serrés sur l’appareil électromagnétique et sur une bougie rouge qui brûle ponctuent le film, entre les scènes, invitant à la méditation. Le film se clôt sur un fondu mêlant les deux objets, comme pour suggérer que l’invention du père continuera d’exister, Carrie reprenant symboliquement le flambeau. Avec une idée de départ originale et des choix de mise en scène surprenants, ce film étrange, rarement drôle, peine cependant à convaincre en raison d’une direction brouillonne et d’un message flou.