Fin 1971, John Lennon et Yoko Ono s’installent à New York dans un petit appartement à Greenwich Village. Ce film de montage accompagne le couple dans son nouvel environnement. Ils rencontrent alors des activistes et des musiciens, se produisent en concert, font l’objet d’expositions, alors qu’une révolte éclate dans la prison d’Attica, que les bombardements se poursuivent au Vietnam, et que le président Richard Nixon se prépare à être réélu. Ce documentaire restitue les stratégies militantes de l’ex-Beatles et comment elles s’inscrivent dans une Amérique en pleine mutation. Pendant qu’en France, un cinéaste tombe dans le maoïsme avec La Chinoise, aux États-Unis, une rockstar s’investit dans l’activisme avec sa femme japonaise. Lennon et Ono, tous deux impactés par la séparation des Beatles, quittent le confort anglais du manoir d’Ascot pour s’immerger dans la métropole new-yorkaise. Dans leur appartement, animés par une volonté d’éveiller les consciences, et le désir de contribuer à mettre fin à la guerre, ils reçoivent différentes personnalités en vue de l’époque, Warhol, Ginsberg, et Dylan en ombre chinoise. Le New York du début des seventies vacille, secoué par le reflux de la vague « peace and love », les émeutes raciales, une guerre du Vietnam qui s’intensifie, et un président Nixon au milan de son règne. La ville permet à Yoko Ono de s’échapper de l’Angleterre, où elle fut conspuée pour son prétendu rôle dans la séparation des Beatles, et de se rapprocher de sa fille Kyoko, qui lui fut soustraite par son père vivant aux États-Unis. Elle présente son exposition Unfinished, partage la scène avec son mari, et adhère aux mouvements féministes. Lennon a soif de révolution, mais le renversement doit être pacifique, non violent. Il fraie avec l’activiste Jerry Rubin, participe à la libération de John Sinclair, et propose de donner la recette de chaque concert pour libérer des prisonniers sous caution. Étonnamment proche des sujets qui agitent notre temps (le racisme, l’extrême-droite, l’engagement politique, la résistance artistique), le film ne se contente pas d’être la simple remastérisation du seul concert post Beatles donné par Lennon. Il recrée un monde déjà lointain en associant en virtuose publicités, actualités télévisées, films amateurs, écoutes téléphoniques, par jeux d’associations, de mises en rapport dialectiques extrêmement frappantes. La rockstar, ni glorifiée, ni déchue, est présentée comme tâtonnante voire naïve, mais sincère et consciente. Les chansons jouées durant le concert One to One, donné à Central Park en faveur des enfants de l’orphelinat de Willowbrook, sont restituées dans leur intégralité, dépoussiérées par Sean Ono Lennon. Restitution impeccable d’une époque aussi troublée que la nôtre, évocation sans fard, ni trash, d’un couple hyper célèbre, usant de sa notoriété pour faire bouger les lignes, One to One est enfin et surtout un beau portrait de couple, une mise en lumière convaincante de l’alchimie du binôme Ono/Lennon, comme clé de voûte de ce film dense et passionnant.