Je n'avais que le néant - "Shoah" par Lanzmann
Film
Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Unité documentaire : Unitaire
Année de sortie dans le pays d'origine : 2025
Date de sortie en France :
- 26/11/2025
Société(s) de production :
Classification :
- Tous publics - 25/11/2025
Description
Résumé
« Ce fut une longue et difficile bataille. Je voulais filmer mais je n’avais que le néant. Le sujet était la mort. La radicalité de la mort », annonce d’emblée la voix rauque et chaude de Claude Lanzmann évoquant Shoah
(1975). À l’occasion des cinquante ans de cette œuvre monumentale, qui lui demanda douze ans de tournage et fut inscrite au registre de la « Mémoire du monde » par l’Unesco en 2023, Guillaume Ribot réalise, avec cette cinquième réalisation, conçue dans un respect admirable, et au terme de cinq années passées à récolter, trier, monter, une partie des 220 heures de rushes non utilisés par Lanzmann - mais aussi après avoir lu Le Lièvre de Patagonie
, ses mémoires parus chez Gallimard (2009) -, un authentique chef-d’œuvre de dialectique entre le son, l’image et le verbe. Cela, pour, sans musique digressive et sur un rythme de thriller haletant, montrer comment ce dernier, disparu le 5 juillet 2018, lutta, douta et s’obstina afin de rendre visible l’absence, incarner le néant, enraciner la mémoire en hommage aux six millions de Juifs exterminés dans les camps. « Je les ai tués une deuxième fois pour que nous mourions avec eux, qu’ils ne meurent pas seuls », conclut-il. De rencontres avec les intervenants en images de ses démarches aux États-Unis, en Israël ou en Pologne, des stèles témoins des camps aux décors ambivalents, telle la forêt de Chelmno « tout aussi calme [alors] qu’aujourd’hui », et faisant preuve du même sens aigu du questionnement et de l’introspection, Guillaume Ribot dévoile le lent accouchement du film de Lanzmann mais aussi sa douloureuse prise de conscience de Juif qui, « contemporain de la Shoah, aurait pu en être la victime ». Le moment où il s’effondre dans les bras d’Antek, un des meneurs de la révolte du ghetto de Varsovie, en est, à ce titre, l’acmé et la poignante épiphanie. Nous découvrons aussi comment il improvisa une scène de coiffure avec Abraham Bomba pour qu’il ressuscitât par le geste la vérité de ce que fut son travail à Treblinka, dut prendre le nom de Docteur Sorel pour « tromper les trompeurs », une fois sorti de sa naïveté qui le faisait poliment téléphoner aux « tueurs » qu’il souhaitait voir dans son film, notamment le SS Unterscharführer Franz Suchomel. Mais aussi qu’il se laissa « griser par l’euphorie » de ses succès, au point, ayant été percé à jour, de fuir piteusement l’Obersturmführer SS allemand Heinz Schubert, de l’Einsatzgruppe D et ainsi échapper à la police… Sans oublier le manque d’argent faute d’avoir, dès l’origine, eu une idée précise de son projet (« Mr. Lanzmann, what is your message ? »). « Mais quoi derrière les yeux qui ont vu ? », résume-t-il en filmant en très gros plan Mordechaï Podchlebnik. On pense alors à Léa dans Le Dibbouk
, pièce d'An-Ski, demandant à sa grand-mère : « S’il meurt avant son terme, que devient la vie qu’il n’a pas eue ? ». À multiplier ici par six millions. Il en ressort un mix exceptionnel de making-of et d’exposition lumineuse de cette obsession, in fine récompensée : transmettre, « montrer la mort, pas la survie », conjurer la confusion des temporalités… Bref, comme le lui demanda Antek : « sauver quelque chose en faisant ce film ». Un documentaire nécessaire, bouleversant et magistralement édifiant.
(1975). À l’occasion des cinquante ans de cette œuvre monumentale, qui lui demanda douze ans de tournage et fut inscrite au registre de la « Mémoire du monde » par l’Unesco en 2023, Guillaume Ribot réalise, avec cette cinquième réalisation, conçue dans un respect admirable, et au terme de cinq années passées à récolter, trier, monter, une partie des 220 heures de rushes non utilisés par Lanzmann - mais aussi après avoir lu Le Lièvre de Patagonie
, ses mémoires parus chez Gallimard (2009) -, un authentique chef-d’œuvre de dialectique entre le son, l’image et le verbe. Cela, pour, sans musique digressive et sur un rythme de thriller haletant, montrer comment ce dernier, disparu le 5 juillet 2018, lutta, douta et s’obstina afin de rendre visible l’absence, incarner le néant, enraciner la mémoire en hommage aux six millions de Juifs exterminés dans les camps. « Je les ai tués une deuxième fois pour que nous mourions avec eux, qu’ils ne meurent pas seuls », conclut-il. De rencontres avec les intervenants en images de ses démarches aux États-Unis, en Israël ou en Pologne, des stèles témoins des camps aux décors ambivalents, telle la forêt de Chelmno « tout aussi calme [alors] qu’aujourd’hui », et faisant preuve du même sens aigu du questionnement et de l’introspection, Guillaume Ribot dévoile le lent accouchement du film de Lanzmann mais aussi sa douloureuse prise de conscience de Juif qui, « contemporain de la Shoah, aurait pu en être la victime ». Le moment où il s’effondre dans les bras d’Antek, un des meneurs de la révolte du ghetto de Varsovie, en est, à ce titre, l’acmé et la poignante épiphanie. Nous découvrons aussi comment il improvisa une scène de coiffure avec Abraham Bomba pour qu’il ressuscitât par le geste la vérité de ce que fut son travail à Treblinka, dut prendre le nom de Docteur Sorel pour « tromper les trompeurs », une fois sorti de sa naïveté qui le faisait poliment téléphoner aux « tueurs » qu’il souhaitait voir dans son film, notamment le SS Unterscharführer Franz Suchomel. Mais aussi qu’il se laissa « griser par l’euphorie » de ses succès, au point, ayant été percé à jour, de fuir piteusement l’Obersturmführer SS allemand Heinz Schubert, de l’Einsatzgruppe D et ainsi échapper à la police… Sans oublier le manque d’argent faute d’avoir, dès l’origine, eu une idée précise de son projet (« Mr. Lanzmann, what is your message ? »). « Mais quoi derrière les yeux qui ont vu ? », résume-t-il en filmant en très gros plan Mordechaï Podchlebnik. On pense alors à Léa dans Le Dibbouk
, pièce d'An-Ski, demandant à sa grand-mère : « S’il meurt avant son terme, que devient la vie qu’il n’a pas eue ? ». À multiplier ici par six millions. Il en ressort un mix exceptionnel de making-of et d’exposition lumineuse de cette obsession, in fine récompensée : transmettre, « montrer la mort, pas la survie », conjurer la confusion des temporalités… Bref, comme le lui demanda Antek : « sauver quelque chose en faisant ce film ». Un documentaire nécessaire, bouleversant et magistralement édifiant.
Générique
Informations techniques
Métrage : Long
Durée d'origine : 95
Couleur/NB : Noir et blanc + couleur
Sonore/muet : Sonore
Relation autre film
Consultation
État dans les collections : Non déposé