On ne dit jamais assez l’importance des moyens humains déployés pour faire un film. Pas toujours crédités au générique ou reconnus pour leur travail, ils forment les forces vives du cinéma d’hier et d’aujourd’hui. Artistes, techniciens ou les deux à la fois. Sans toujours les identifier, on les appelle « gens du cinéma ». Pierre-William Glenn, alias Willy, était l’un d’eux. Un peu plus d’un an après sa mort, son fils Vincent revient sur la longue carrière de ce chef-opérateur, passé également derrière la caméra comme réalisateur (avec, notamment, Johnny pour acteur et un succès… relatif). Glenn père fut surtout le complice en création d’images de plusieurs des grands noms du septième art. Sur son CV, des collaborations avec maints cinéastes, depuis la fin des années 1960 et jusqu’en 2004 : Losey, Téchiné, Rivette, Costa-Gavras, Truffaut, Corneau, Tavernier, Pialat, Boisset, Vadim, Lelouch, Enrico… et quelques autres encore. Pas sûr que ce soit ce que Glenn fils souhaitait évoquer en priorité. Le début de son documentaire donne le ton, qui montre un septuagénaire aux cheveux blancs, dans un EHPAD. Une image - relativement - ordinaire. Et, en voix off, Vincent racontant son « vieux » et où il en était de sa relation avec lui : « Nos échanges étaient devenus assez pénibles. Jusqu’au stade de ne plus se parler du tout. Et puis, un premier morceau de glace a fondu, puis un autre, puis un autre… et est arrivée l’idée de faire un film ensemble. Une forme de ressentiment se mua en quelque chose de plus doux et tendre ». Le film ne serait donc pas un film sur le père, mais un film avec lui. Images d’archives à l’appui. Et une volonté commune de parler de tout : du cinéma bien sûr, mais aussi de la mort, du désir, du mensonge ou encore de la transmission. En ressort, par bribes, le portrait d’un homme attachant et complexe : cinéaste, enfant d’un père bientôt parti du domicile familial et d’une mère métisse, militant trotskyste passionné de moto, misant toujours sur la force du collectif. Au point, sur un tournage, d’emmener son équipe courir au petit matin pour favoriser concentration et cohésion de groupe. Cet ascendant aux multiples facettes, Vincent Glenn aurait voulu le faire parler d’eux en le conduisant dans un festival américain qui souhaitait lui rendre hommage. L’événement fut finalement annulé, au tout dernier moment. Face à leurs passeports soudain inutiles, les deux hommes convinrent d’une escapade à la mer, mais ne purent la faire avec le cameraman qui devait les accompagner. Or, le film ne s’attarde guère sur ces quelques occasions manquées, occupé qu’il est à capter autre chose : la beauté d’instants fugaces et, peut-être, le caractère inexorable du temps qui passe. Glenn père et fils renoncent ensemble à la fiction. Le plus jeune, assumant ses choix personnels et ses non-dits, souligne ainsi : « Le cadre au cinéma cache une partie beaucoup plus grande du monde que celle qu’il dévoile. Comme dans la vie, on peut aussi, avec le cinéma, chercher une vérité et en trouver d’autres qui peuvent même nous faire oublier celle qu’on cherchait au départ ». Quelque chose affleure alors d’une émotion partagée.