Identité
Type d'oeuvre : Cinéma
Date de sortie en France :
- 14/07/1967
Description
Résumé
Dans un village du Brésil, une sécheresse interminable réduit les gens à la famine. Un seul homme y échappe : Vincente Ferreira, le propriétaire du magasin d'alimentation local. Il voudrait spéculer mais la population est sans argent. Elle penserait plutôt à piller l'entrepôt. C'est pourquoi un sergent et quelques militaires arrivent, en vêtements délabrés, mais avec des fusils. Ils rassemblent les hommes et leur démontrent toute la complexité et l'efficacité d'une arme à feu. Ils sont seuls à pouvoir s'en servir et ils s'en serviront s'il le faut, puisqu'ils sont là pour défendre l'ordre. Il y a cependant quelqu'un qui pourrait rivaliser avec les militaires dans l'usage des fusils, c'est Mario le gaucho, le camionneur du pays, ancien soldat, intelligent, aimant les femmes, conscient de l'inconscience et de l'impuissance de ses compatriotes, assez libre et sûr de lui pour se permettre des réflexions mordantes à l'égard des soldats, et du gouvernement central. Et puis, 11 y a une voix, la satanée voix d'une espèce de sorcier psalmodiant des menaces de sa composition et fouettant d'imprécations le peuple affamé. Oelul-ci n'a d'espoir que dans un miracle qu'appellent des processions, des voeux et des cantiques ressassés à satiété. On accomplit même le rite du boeuf émissaire. Cet animal, promené dans la campagne, symbolise l'aliénation de tous ces malheureux. Il les représente ; il est créature et créateur, il est idole et victime, il est le sauveur. Sous ses pas, on jette des palmes, comme sous les pas du Christ, le Jour des Rameaux à Jérusalem. Chacun de ses pas est un augure, chacun de ses regards un présage, chacune de ses bouses un bienfait. Rien n'arrive, ni la pluie, ni les secours divins, magiques ou gouvernementaux. Les soldats courent tristement le jupon, jouent bêtement aux cartes. Ils tuent accidentellement un homme en tirant sur une chèvre. Ce malheur pourrait mettre le comble au désespoir et le faire basculer dans la révolte, mais personne ne bouge. Vincente Ferreira pense que c'est le moment de faire évacuer ses réserves. Trois camions sont chargés sous les yeux de la population et sous la protection fébrile des fusils. On voit enfin la tête du prophète de malheur. Il a la barbe et les cheveux emberlificotés de médailles. Il mange un copieux bol de haricots. Un jeune père de famille, portant son enfant mort de faim dans ses bras, entre chez Ferreira et demande une vieille caisse pour l'enterrer. Mario le Gaucho prend à parti le père de n'avoir rien fait alors que trois camions sont là pleins de nourriture. Fou de rage, il arrache son fusil à un soldat et sort sur la place d'où il vise les camions. Trop tard, ceux-ci démarrent. La foule s'éparpille, les militaires tirent dans le tas, les camions passent. Alors, dans le silence revenu, c'est la chasse au Gaucho, une guerre lente, longue, sournoise. Les dents des « loups » brillent dans l'ombre. A bout de munitions, le gaucho est abattu par un militaire terrorisé. Devant le mort, une sorte d'hystérie s'empare des soldats. L'un d'eux essaie de remettre debout le cadavre criblé de balles. C'est comme si, tout d'un coup, le sursaut de conscience de cet homme devenait la seule réalité de tous les drames survenus. C'est de cela que les hommes ont faim, car cette réalité ne meurt pas. On sacrifie le boeuf et c'est la curée. Un vieil homme, bien plus tard, parle du saint. Il ne s'agit évidemment pas de Mario le Gaucho, mais du sorcier diabolique dont les gens demandent : « Quel est cet homme auquel le vent et la foudre obéissent ».