L'Homme qui aimait les femmes

Film

François Truffaut

Année de production :  1976

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 1977

Date de sortie en France :

  • 27/04/1977

Description

Résumé

Toutes, il les a toutes aimées! Bertrand vient de mourir et part pour sa dernière demeure, accompagné de toutes ses femmes sous l'oeil de Geneviève, une de ses dernières conquêtes. En a-t-il poursuivi des jambes pour s'apercevoir, comme avec Martine, qu'elles appartenaient à des cousines parties au Canada? En a-t-il adorées des Bernadette, employées dans la location de voitures, des Nicole, ouvreuses de cinéma sourdes-muettes, des Uta qu'il aura rendues heureuses, des Fabienne qu'il aura fait souffrir. Il aura connu l'amour-mystère avec "Aurore", douce voix qui le réveille par téléphone chaque matin à sept heures, l'amour-amitié avec Liliane, serveuse-karateka, et l'échec avec Hélène, spécialisée dans la lingerie féminine et les très jeunes gens... Il aura même vécu l'amour-folie avec Delphine, fantasque meurtrière de mari encombrant. Alors, devant ces noms qui s'amoncellent, Bertrand décide d'écrire un livre-témoignage sur toutes les femmes qui ont traversé sa vie (de sa mère, hostile, à la petite fille de 9 ans consolée un jour près d'un escalier) et sur l'émotion, sincère, véritable qu'il aura éprouvée à chaque fois... Au comité de lecture des éditions Bettany, Geneviève convainc ses confrères de l'originalité de l'ouvrage et lui trouve un titre: "L'homme qui aimait les femmes". Venu à Paris, Bertrand y rencontre par hasard Véra, la seule à laquelle il avait tenu, la seule qu'il voulait oublier. Geneviève, comme les autres, lui tombe dans les bras. Mais un soir de réveillon, à la poursuite de jambes entrevues, Bertrand est renversé par une voiture...

Date de tournage :

  • 19/10/1976 - 05/01/1977

Générique

Réalisation :

Musique :

Équipe technique :

Production - Distribution :

Interprétation :

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 118

Couleur/NB : Couleur

Dans la presse

Citations

Véronique Doduik :

Charlie Hebdo
« Ce qui est important pour Truffaut, ce sont les regards, les sourires, le mouvement de l’ourlet d’une robe caressant un genou (…) Ce n’est pas la robe, ce n’est pas la femme, c’est la magie de la rencontre de la robe et de la femme, la magie des mots du vocabulaire le plus neutre dont le sens devient soudain mystérieux lorsqu’ils sont prononcés par une voix qui n’est pas une voix d’homme (…).»
[S.N.], 05/05/1977 

Le Coopérateur de France
« Tâche difficile pour François Truffaut que de “saisir” et de raconter, en une éblouissante et vivante mosaïque, l’éternel féminin. Car, si l’on y réfléchit bien, davantage que l’homme qui aime les femmes, il filme les femmes qui entourent cet homme : un véritable kaléidoscope que l’auteur se donne plaisir (et au spectateur en même temps) à tourner et à retourner.»
François Gault, 21/05/1977

La Croix
« Truffaut n’est pas n’importe qui. Pudique, sensible, intelligent, il négocie avec tact les virages les plus délicats (…).
La mise en scène colle au personnage. C’est lui qui impose de l’intérieur ce tempo de comédie-tragédie, cet humour à fleur d’angoisse que servent une construction maligne (“le livre”), un rythme sûr et des images fluides où la beauté donne au banal (ou pis) les grâces et les frémissements du rêve.»
Henry Rabine, 07/05/1977

Le Dauphiné libéré
« Passionnant. Drôle, libertin. Bouleversant, désespéré.
D’autant plus que le rôle du héros, double de Truffaut, est tenu par Charles Denner, tendu, fiévreux, au bord de l’équilibre. Le meilleur rôle de sa carrière d’acteur, à coup sûr.»
Elsa Casals, 08/05/1977

Les Échos
« Autour de Charles Denner, chasseur inquiet, des dizaines de femmes traversent le film : Nelly Borgeaud, la fantasque, Geneviève Fontanel, la pulpeuse marchande de lingerie, Brigitte Fossey, l’éditrice, Leslie Caron, l’ancien grand amour, et puis d’autres, la loueuse de voitures, la baby-sitter, l’ouvreuse de cinéma, la serveuse. Chacune a eu avec le héros une aventure différente, que Truffaut évoque joliment, pudiquement, avec un humour tendre parfois, et l’on rit souvent dans ce film finalement grave.»
Annie Coppermann, 27/04/1977 

L’Express
« Comment Truffaut, le cinéaste attentif des émois du cœur, a-t-il pu tricoter ce conte moral ampoulé (les réflexions sur la philosophie de l’amour sont d’une rare indigence) et qui sonne faux ?»  
François Forestier, 02/05/1977

Le Figaro
« L’accent de ce film est celui d’une confession. C’est pourquoi il est si émouvant (…).
Sous l’effervescence des anecdotes, la drôlerie des dialogues, ce film est l’un des plus vrais, des plus confidentiels de François Truffaut, l’un des plus réussis. »
Michel Mohrt, 28/04/1977

La France catholique
« (…) décidément, Truffaut reste le petit metteur en scène que l’on connaît (…), gentil, facile, aux sujets tendres traités avec la superficialité coutumière de sa pensée et de son style.
Pas de puissance, pas de hauteur de ton, pas de tension dramatique, pas de vrai humour, non : rien que de la gentillesse.»
P. Dalby, 06/05/1977

France Soir
« François Truffaut a su construire son récit de façon à lui donner une certaine homogénéité, due en grande partie au talent de Charles Denner, dont les métamorphoses sentimentales, toujours nettement exprimées, tiennent lieu de progression dramatique.
La ligne en est brisée par des retours en arrière, mais ceux-ci servent à mieux mettre en lumière l’évolution du personnage.»
Robert Chazal, 01/05/1977

L’Humanité
«(…) [Le film] ne dépasse pas les dimensions d’une pochade talentueuse, mais il a d’abord une certaine originalité narrative, une certaine originalité de ton. (…)
Il faut, une fois de plus, signaler le très beau travail d’opérateur de Nestor Almendros. Sa photographie à la fois précise, minutieuse, intimiste et parfois presque subjective dans sa perception d’un intérieur, dans la réception de la lumière méridionale, a, elle aussi, bien servi le film.»
Albert Cervoni, 07/05/1977  

L’Humanité-dimanche
« Bertrand Morane (Denner), qui par métier s’occupe des turbulences atmosphériques dans un laboratoire de Montpellier, n’a pas peur de la science, mais de la vie. Et brusquement, Truffaut se met à ressembler à Michelangelo Antonioni…»
Samuel Lachize, 04/05/1977 

L’Humanité Dimanche
« François Truffaut rejoint ici quelques-uns de ses thèmes favoris : le besoin de tendresse, la solitude de l’orphelin ou de l’incompris, l’enfant qui se maintient au fond de tout être même d’âge mûr.»
Samuel Lachize, 07/05/1977

Journal de Genève
« Truffaut est le Flaubert du cinéma français, et son nouveau film ne fait que confirmer cette tendance (…).
 L’Homme qui aimait les femmes est autant un film sur les occasions saisies que sur la fragilité des instants de bonheur (…).
Un très beau film.»
Philippe Grandjean, 04/06/1977

Le Journal du Dimanche
« Le truc et le secret de Morane-Denner, c’est cela : la gravité. C’est cette gravité aussi qui donne à l’œuvre de François Truffaut — même si le propos parait frivole — sa vibration (…).
[L’Homme qui aimait les femmes] approfondit l’expression d’une sensibilité où comptent, par-dessus tout, les mots qu’on dit aux autres et plus encore à soi-même, les premiers gestes de rencontres, les caresses qui explorent, les tissus qui bruissent, crissent et se froissent (…).»
Pierre Billard, 08/05/1977 

Le Journal Rhône-Alpes
« Truffaut est un professionnel. Il utilise toujours les mêmes ficelles. C’est quelquefois charmant, toujours bavard et de plus en plus à classer du côté du cinéma gentil, irréel et bien propre.»
Bruno Allix, 16/05/1977 

La Libre Belgique
« Comme il l’avait déjà fait (notamment dans Jules et Jim), Truffaut a poursuivi un contraste entre la sécheresse, presque abstraite, du discours, la froideur de la voix neutre qui nous parle, et le caractère essentiellement passionné et littéralement obsédé du personnage (…).
[Charles Denner], ce grand comédien, (…), apporte au film un relief et une tonalité indiscutables. Sa voix éraillée, l’étrangeté, parfois inquiétante, de son physique, comme de son jeu, cernent et servent un rôle qui, comme aucun autre rôle ne l’avait fait, permet à sa forte personnalité de s’épanouir.»
[S.N.], 12/05/1977

Le Matin de Paris
« François Truffaut est un très bon exemple de cette envie d’aller et venir entre les différents registres du vécu, de l’écrit et du filmé. Pour la première fois, dans L’Homme qui aimait les femmes, je le vois circuler avec une aisance plénière entre ces trois ordres. (…)
Ces alliages qu’il forme de l’humour et de la fièvre, de la retenue et de la violence, de la sensualité et du sentiment, de la sévérité et de la surprise, portent bien ses couleurs propres. (…) L’Homme qui aimait les femmes est un film qui lui ressemble, mais c’est surtout le film où il se rassemble.»
Claude-Jean Philippe, 29/04/1977

Le Matin de Paris
« L’art et la technique légère, littéraire, de François Truffaut, embusqués derrière l’image, orchestrent ce genre de situation pour réaliser un petit miracle de comédie douce-amère.»
Alice Hubel, 29/04/1977

Le Midi Libre
« Si l’on veut absolument des sources pour ce film, il vaudra mieux aller les chercher chez Sacha Guitry que le critique François Truffaut admirait à une époque où il n’était pas convenable de le faire, et plus précisément dans Le Roman d’un tricheur (…).
Quand Truffaut, qui est la pudeur même, nous montre son Don Juan joué par Charles Denner tout à la joie de se découvrir par l’écriture d’un roman tout en y retrouvant les femmes innombrables de sa vie, il suffit de mettre le mot film à la place du mot livre pour comprendre que, chez lui aussi, une forme de création invoquée dit la réalité d’une autre.»
[S.N.], 03/05/1977

Minute
« Sûrement l’un des meilleurs et des plus originaux [films] de François Truffaut.
Malgré un arrière-gout amer, il est drôle, ironique, avec une pointe de méchanceté, brillant, d’un humour permanent et sans illusions.»
Jean Hara, 04/05/1977 

La Montagne
« Charles Denner — son air sérieux et son regard sombre — nous fait croire à son personnage, un solitaire, un inquiet, à la recherche sans doute d’un bonheur inaccessible. De la distribution et de la figuration féminine (…) ressortent Brigitte Fossey, toujours juste et émouvante, et Nelly Borgeaud, très drôle dans un rôle de bourgeoise fofolle.»
Pierre Vert, 17/05/1977

Le Nouvel observateur
« L’homme qui aimait les femmes est aussi l’homme qui aimait les livres. Femmes et livres deviennent indissociables (…) Que le corps amoureux de Bertrand, sa chair, s’enfouisse sous terre alors que son amour des femmes continuera de vivre grâce au livre dans un monde où les femmes portent des pantalons (…), donne à ce film, moins proche de Marivaux que de Sacha Guitry style Écoutez bien Mesdames et assaisonné d’un zeste d’Ernst Lubitsch style Toutes ses veuves, une gravité certaine.»
Jean-Louis Bory, 09/05/1977

Les Nouvelles littéraires
« Admirable interprète de cette anxiété tragique, Charles Denner donne au héros cette dimension, ce regard, cette folie sans lesquels il ne serait qu’un personnage de vaudeville.»
Guy Braucourt, 28/04/1977

La Nouvelle République du Centre-Ouest
« Admirablement construit au rythme de retours-en-arrière qui s’entrelacent avec un art consommé, soutenu par un dialogue plein d’esprit émaillé de mots d’auteur jamais gratuits, rendant au contraire plus pénétrante l’analyse psychologique, le film, mené de main de maître par Charles Denner et par des personnages féminins que parfois, une seule image suffit à peindre, constitue une véritable comédie aux cent actes divers, à laquelle le héros — et la femme sous tous ses aspects — confèrent une unité profonde.»
Bernard Hamel, 07/05/1977 

Paris Normandie
« Si un léger ennui vient parfois nimber le film, c’est en raison de la distance que Truffaut a voulu prendre avec ses personnages (..).
Reste un montage habile, un récit parfaitement lisible et une interprétation à mi-chemin entre le mystère et la réalité.»
Roger Balavoine, 06/05/1977

Pariscope
« L’Homme qui aimait les femmes devrait s’intituler L’Homme qui aimait les jambes.
Truffaut croyait bien faire en prenant le biais ravissant d’aduler une partie du corps de la femme. En fait, il coupe la femme en morceaux, la distribue en tranches. (…) L’Homme qui aimait les femmes est un album offert aux collectionneurs de soutien-gorge, de petits boutons et de lingerie noire.»
Claire Clouzot, 22/06/1977 

Le Point
« On admire les relais narratifs et les emboîtements subtils d’un récit très “coulé”, qui dévie à la fin dans les turbulences du tragique.»
Michel Flacon, 02/05/1977

Le Quotidien de Paris
« Plus que tout autre film de François Truffaut, celui-ci est un cache-cache permanent entre l’auteur et le sujet qu’il a choisi, et devant lequel il ne cesse de se dérouler [sic], en vertu d’une pudeur dont il a fait son  “credo” de cinéaste…»
Henry Chapier, 05/05/1977

Le Républicain Lorrain
« Malheureusement, le sujet reste d’une surprenante platitude. Elle n’est pas nouvelle l’histoire de cet homme qui pose le maximum de femmes sur l’épiderme de vie comme on pose des cataplasmes pour apaiser traumatismes, solitude et blessures en tout genre. L’humour délicat de Truffaut n’a pas sa pertinence habituelle.»
Gérard Fénéon, 09/05/1977

Le Soir
« L’Homme qui aimait les femmes oscille entre la comédie et le portait psychologique. On y découvre un Truffaut de plus en plus épuré, de plus en plus rigoureux. On sent le plaisir, mêlé d’angoisse, qu’il a à tourner (…).
Film ambigu ? Non. Une nouvelle fois, mais à rebours cette fois, avec un sourire mélancolique qui se camoufle derrière le rire-rictus de Charles Denner, Truffaut a fait un film sur la tendresse, sur la douceur, sur la fragilité (…).
C’est le portait d’un séducteur que trace Truffaut, le portait d’un homme vide, d’un amoureux de l’amour vidé par sa propre multitude.»
Luc Honorez, 28/04/1977

Sud Ouest
« À première vue, L’Homme qui aimait les femmes est le film le plus lisse de François. À la réflexion, il est l’un des plus ténébreux (…).
À la frontière du cinéma-vérité, du cinéma-document, François Truffaut semble s’être libéré d’une tragédie : peut-il y avoir un amour heureux ? Dans L’Homme qui aimait les femmes, existe une sorte de mystique de la peur…»
Jean-Loup Demangeot, 05/05/1977

La Vie ouvrière
« Truffaut accumule avec adresse les traits de mœurs, les choses vues, les détails vrais… Devait-il cependant accorder tout un film à un sujet aussi léger ? Son héros manque d’envergure, ne s’intéresse à rien d’autre qu’à ses conquêtes épisodiques, ne pose aucune question et ennuie vite le spectateur.»
J.P.A., 07/06/1977

Panorama critique

Véronique Doduik :

Après L’Histoire d’Adèle H. en 1975, récit d’amour-passion à un seul personnage, François Truffaut tourne en 1976 L’Homme qui aimait les femmes, récit de la passion d’un homme pour toutes les femmes. Le film sort sur les écrans français en avril 1977.

UN RÔLE ÉCRIT POUR CHARLES DENNER

C’est l’acteur Charles Denner (incarnant le personnage principal, Bertrand Morane), qui retient d’abord l’attention des critiques : « Avec sa silhouette timide et empruntée, avec ses bouffées de sincérité, Charles Denner est remarquable. Le film a été fait pour lui et il est fait pour le film », écrit François Gault dans Le Coopérateur de France. « Ce grand comédien apporte au film un relief et une tonalité indiscutables. Sa voix éraillée, l’étrangeté, parfois inquiétante, de son physique, comme son jeu, cernent et servent un rôle qui, comme aucun autre rôle ne l’avait fait, permet à sa forte personnalité de s’épanouir » (La Libre Belgique). Pour Les Nouvelles Littéraires, il est l’« admirable interprète de cette anxiété tragique, il donne au héros cette dimension, ce regard, cette folie sans lesquels il ne serait qu’un personnage de vaudeville ».

UN SÉDUCTEUR ATYPIQUE

« Autour de Charles Denner, chasseur inquiet, des dizaines de femmes traversent le film. Chacune a eu avec le héros une aventure différente, que Truffaut évoque joliment, pudiquement, avec un humour tendre », écrit Annie Coppermann dans Les Échos. Car si toutes les femmes lui plaisent, Morane n’est pas pour autant un obsédé sexuel. « Les mots qui se présentent d’abord sont obsession, obsédé. Mais ce sont là des termes bien lourds, qui charrient des images minables, inadéquats pour qualifier les chassés-croisés de cet amoureux de l’amour », note Henry Rabine dans La Croix. Jean-Louis Bory précise dans Le Nouvel Observateur : « Denner n’a rien du play-boy pour défilé de haute couture masculine ni de l’insupportable rouleur de mécaniques. Rien du séducteur ordinaire qui doit tout à l’éclat de son dentifrice ou au vernis de son huile à bronzer ». Choisi « à contre-emploi », en rupture avec l’image convenue du tombeur de femmes, Charles Denner incarne un séducteur fiévreux, tendu, souvent inquiétant. « Il n’est pas Don Juan, ni Valmont, ni Casanova. Ni Barbe-Bleue. L’œil sombre, la voix profonde, l’abord humble, il chasse avec gravité », écrit encore Henry Rabine dans La Croix.

DES ACTRICES REMARQUABLES

La presse rend par ailleurs hommage, à l’unanimité, aux actrices qui chacune à leur tour, entourent Charles Denner : Albert Cervoni note dans L’Humanité : « Les personnages féminins sont tous étonnement réussis ». Une mention spéciale est décernée à Nelly Borgeaud, et surtout à la lumineuse Brigitte Fossey, le dernier amour de Bertrand Morane dans le film. Pour Pierre Vert dans La Montagne : « De la distribution et de la figuration féminine, ressortent Brigitte Fossey, toujours juste et émouvante, et Nelly Borgeaud, très drôle dans un rôle de bourgeoise fofolle ».

L’AMOUR DES FEMMES

« Voici, sans doute, l’une des plus belles déclarations d’amour d’un homme à la Femme. L’auteur a voulu célébrer l’amour d’un homme pour toutes les femmes », écrit Robert Chazal dans France Soir. François Gault pointe dans Le Coopérateur de France la complexité de cette entreprise : « Tâche difficile pour Truffaut que de « saisir » et de raconter, en une éblouissante et vivante mosaïque, l’éternel féminin ». « [Bertand Morane] tombe amoureux d’une voix entendue au téléphone, d’un profil entrevu, d’une paire de jolies jambes et d’une démarche » (Le Figaro). C’est en effet de façon essentiellement visuelle que s’opère chez Morane le processus de séduction. Un geste furtif, une épaule entrevue, et le désir s’enflamme. « Ce qui est important pour Truffaut, ce sont les regards, les sourires, le mouvement de l’ourlet d’une robe caressant un genou. Ce n’est pas la robe, ce n’est pas la femme, c’est la magie de la rencontre de la robe et de la femme… » (Charlie Hebdo).
On trouve néanmoins quelques critiques qui s’élèvent pour stigmatiser la « misogynie » supposée du film. Ainsi, Claire Clouzot dans Pariscope : « Truffaut croyait bien faire en prenant le biais ravissant d’aduler une partie du corps de la femme. En fait, il coupe la femme en morceaux, la distribue en tranches. L’Homme qui aimait les femmes est un album offert aux collectionneurs de soutiens-gorge, de petits boutons et de lingerie noire ». La France Catholique renchérit : « Au fond, cette histoire n’est rien d’autre que la peinture presque naïve et admirative d’un obsédé sexuel pas du tout méchant et dangereux et qui se rachète en aimant les livres ». Gérard Fénéon lui emboîte le pas dans Le Républicain lorrain : « Elle n’est pas nouvelle l’histoire de cet homme qui pose le maximum de femmes sur l’épiderme de sa vie comme on pose des cataplasmes pour apaiser traumatismes, solitude et blessures en tout genre ».

UN FILM AUTOBIOGRAPHIQUE

La proximité du personnage joué par Charles Denner avec François Truffaut lui-même n’échappe pas aux critiques : « Il y a certainement une part d’autobiographie dans ce film » (La libre Belgique). On peut lire dans les colonnes du Journal du dimanche : « Ce double de François Truffaut, longtemps, a eu le visage de Jean-Pierre Léaud. Il a, cette fois, l’apparence et la voix de Charles Denner ». La quête de l’amour féminin et la recherche de l’affection d’une mère absente hantent le cinéma de François Truffaut depuis son premier long métrage, Les Quatre cents coups, en 1959. « François Truffaut rejoint ici quelques-uns de ses thèmes favoris : le besoin de tendresse, la solitude de l’orphelin ou de l’incompris, l’enfant qui se maintient au fond de tout être, même d’âge mûr », selon Samuel Lachize de L’Humanité Dimanche. Dans L’Homme qui aimait les femmes, François Truffaut nous conte une histoire qui est la sienne. Au final, ce long métrage apparait comme un film très personnel, à la fois intime et grave : « L’accent de ce film est celui d’une confession. C’est pourquoi il est si émouvant. Sous l’effervescence des anecdotes, la drôlerie des dialogues, ce film est l’un des plus vrais, des plus confidentiels de François Truffaut, l’un des plus réussis », écrit Michel Mohrt dans Le Figaro. « L’Homme qui aimait les femmes oscille entre la comédie et le portrait psychologique. On y découvre un Truffaut de plus en plus épuré, de plus en plus rigoureux », précise Luc Honorez dans Le Soir (Bruxelles). « Ces alliages que [Truffaut] forge avec de l’humour et de la fièvre, de la retenue et de la violence, de la sensualité et du sentiment, portent bien ses couleurs propres », écrit Claude-Jean Philippe dans Le Matin, ajoutant : « L’Homme qui aimait les femmes est un film qui lui ressemble, mais c’est surtout le film où il se rassemble ».
François Forestier dans L’Express nuance cette opinion : « Cet homme qui collectionne les femmes avec une furia toute fétichiste, et dont on nous explique le comportement par une psychanalyse de salon (l’indifférence de la mère), est inintéressant au possible. Comment Truffaut, le cinéaste attentif des émois du cœur, a-t-il pu tricoter ce conte moral ampoulé ? ».

UNE CONSTRUCTION HABILE

La presse dans son ensemble souligne l’habileté de la construction du film : « [Le film est] admirablement construit au rythme de retours-en-arrière qui s’entrelacent avec un art consommé, soutenu par un dialogue plein d’esprit émaillé de mots d’auteur », relève La Nouvelle République. « La ligne [du récit] est brisée par des retours en arrière, mais ceux-ci servent à mieux mettre en lumière l’évolution du personnage », note Robert Chazal dans France Soir. Michel Flacon écrit dans Le Point : « On admire là les relais narratifs et les emboîtements subtils d’un récit très « coulé », qui dévie à la fin dans les turbulences du tragique ». Dans Le Matin, Claude-Jean Philippe parle de « cette envie d’aller et venir entre les différents registres du vécu, de l’écrit et du filmé. Pour la première fois, dans L’Homme qui aimait les femmes, je vois [François Truffaut] circuler avec une aisance plénière entre ces trois ordres ». Le rythme du film, suivant les brisures d’une narration très libre, est particulièrement remarqué. « Il n’y a presque pas de musique dans L’Homme qui aimait les femmes, seulement la voix de Denner et le cliquetis de la machine à écrire », écrit Guy Teisseire dans L’Aurore. « La mise en scène colle au personnage. C’est lui qui impose de l’intérieur ce tempo de comédie-tragédie » (La Croix).
Néanmoins, certains critiques mettent en cause l’intérêt de la mise en scène et du film : « Truffaut reste le petit metteur en scène que l’on connait, gentil, facile, aux sujets tendres traités avec la superficialité coutumière de sa pensée et de son style. Pas de puissance, pas de hauteur de ton, pas de tension dramatique… rien que de la gentillesse », regrette La France Catholique. Bruno Allix, dans Le Journal Rhône Alpes, partage cet avis : « Truffaut est un professionnel. Il utilise toujours les mêmes ficelles. C’est quelquefois charmant, toujours bavard et de plus en plus à classer du côté du cinéma gentil, irréel et bien propre ».

UNE ATMOSPHÈRE LITTÉRAIRE

Dans le film, Bertrand Morane écrit un livre sur sa vie, à la naissance duquel, nous sommes, spectateurs, conviés. La presse souligne la force du lien qui, pour François Truffaut, unit la vie et la littérature. Fahrenheit 451 (1966), adapté du livre de Ray Bradbury décrivant une société totalitaire dans laquelle on brûlait les livres, témoignait déjà de l’importance de cette question pour le cinéaste. Jean-Louis Bory déclare dans Le Nouvel Observateur : « L’homme qui aimait les femmes est aussi l’homme qui aimait les livres ». La plupart des critiques remarquent l’atmosphère littéraire qui baigne tout le film. Bernard Hamel note dans La Nouvelle République : « Il s’agit aussi d’un film sur la création littéraire, voire d’un « film littéraire », mais qui sait rejoindre la vie, la recréer au-delà de la convention romanesque ». Philippe Grandjean ajoute dans Le Journal de Genève : « Les films [de François Truffaut] sont essentiellement l’expression imagée d’une littérature sentimentale, romanesque du XXe siècle. Truffaut est le Flaubert du cinéma français, et son nouveau film ne fait que confirmer cette tendance ».
Pour d’autres, l’inspiration de Truffaut viendrait plutôt de Sacha Guitry : « Si l’on veut absolument des sources pour ce film, il vaudra mieux aller les chercher chez Sacha Guitry que le critique François Truffaut admirait à une époque où il n’était pas convenable de le faire, et plus précisément dans Le Roman d’un tricheur où la joie du récit à la première personne gouverne les images. L’Homme qui aimait les femmes et Le Roman d’un tricheur sont des films discrets et tendres avouant un double et dévorant amour pour les femmes et l’art dans lequel on les peint », écrit Le Midi Libre. Cet avis est partagé par Pierre Billard dans Le Journal du Dimanche : « il y a du Sacha Guitry chez Bertrand Morane, et Truffaut s’est amusé parfois à rythmer, à scander ses phrases à la Guitry comme il lui arrive, à la ville, de se faire la silhouette de Sacha ».

 

Bibliographie éditoriale

  • Ouvrage : L'homme qui aimait les femmes : Cinéroman / François Truffaut. - Paris : Flammarion, 1977
  • Périodique : Cahiers du Cinéma (Les), n° 279/280, août 1977
  • Périodique : Cinéma, n° 223, juillet 1977
  • Périodique : Cinématographe, n° 27, mai 1977
  • Périodique : Ecran, n° 59, juin 1977
  • Périodique : Jeune Cinéma, n° 103, juin 1977
  • Périodique : Lumière du Cinéma, n° 4, mai 1977
  • Périodique : Positif, n° 195/196, juillet 1977
  • Périodique : Revue du Cinéma (La), n° 318, juin 1977

Consultation

Lieux de consultation du film et conditions d'accès :

  • La Cinémathèque française (Bibliothèque) - Accès libre

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