Redemption

Film

Miguel Gomes

Année de production :  2013

Pays de production : Portugal

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Date de sortie en France :

  • 04/12/2013

Description

Résumé

Certains peintres réalisent des études avant de s'attaquer à une toile ; et certains cinéastes font de même avec des courts métrages. Ici, Miguel Gomes opte en quelque sorte pour la démarche inverse, et livre une petite miniature découlant du grand oeuvre. Dans la foulée de Tabou, il poursuit à petite échelle l'exploration de ses parti-pris formels, comme on teste les différentes possibilités d'un outil que l'on a fabriqué. Gomes joue donc ici à nouveau sur le collage entre une voix off nostalgique et des images muettes, captant l'effervescence et l'immédiateté insouciante d'un présent plus ou moins ancien. Rédemption nous fait ainsi entendre quatre voix, qui, dans quatre langues différentes (portugais, italien, français et allemand), dans des lettres écrites sur le mode du monologue intérieur, et s'adressant à des destinataires lointains, se confient, au futur ou au passé (autrement dit, avec toujours un décalage temporel apportant la teinte du regret). Sur l'écran, ces mots sont illustrés par un montage d'images d'archives - documents ethnologiques ou scientifiques, actualités, films de famille en Super 8 - ne relevant pas (à l'exception d'un extrait du Miracle à Milan de De Sica) du cinéma. Il se dégage de cet assemblage une poésie diffuse et émouvante, qui monte en puissance avec une réelle progression dramatique (joyeusement ouvert par un barrissement d'éléphant, le film se conclut sous les violons de Wagner). On est à la fois touché, charmé, emporté, mais aussi interloqué, car rien ne nous permet vraiment de comprendre qui parle et ce qu'on nous raconte. Puis on comprend. Des cartons viennent nous révéler que ces narrateurs anonymes (il est dommage de le révéler mais impossible de ne pas en parler) étaient Pedro Passos Coelho, l'actuel premier ministre du Portugal, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. On retrouve donc au niveau du propos, une démarche très proche de celle de Tabou. Dans ce film Gomes imaginait le passé lumineux, romanesque, que pourraient avoir vécu des personnages déchus, que, dans la vie quotidienne, on ne regarde pas, ou bien avec une légère condescendance. Dans Rédemption il rêve des souvenirs imaginaires, humains, sensibles, pétris de fragilité, à des chefs d'�0tat puissants et autoritaires. En allant plonger dans les mêmes réserves de pureté (la jeunesse, l'amour...), il conçoit à nouveau le rachat d'âmes coupables. Dans un cas comme dans l'autre, par la fiction, Gomes dégomme la figurine sociale pour retrouver derrière l'enfant qui voyait grand. En cela, il répond à une certaine glaciation générale des ambitions, à la perpétuelle réduction des perspectives sur la ligne du plus moyen dénominateur commun, en envoyant toute la lumière sur les plus extrêmes dimensions de nos états : quand nous sommes tout petits, imparfaits et vulnérables, et quand nous sommes infiniment grands, héroïques et superbes. Qui plus est, il le fait dans un langage plein de beauté, de délicatesse et d'humour. Miguel Gomes est décidément un compagnon précieux.

Genre : Documentaire

Informations techniques

Métrage : Court

Durée d'origine : 27

Consultation

Lieux de consultation du film et conditions d'accès :

  • La Cinémathèque française (Bibliothèque) - Accès libre

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