Les Chemins arides

Film

Arnaud Khayadjanian

Année de production :  2014

Pays de production : France

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Année de sortie dans le pays d'origine : 2015

Date de sortie en France :

  • 16/09/2015

Description

Résumé

Les "chemins arides" du titre, ce sont ceux, rocailleux et austères, de l'Anatolie, qu'emprunte Arnaud Khayadjanian en de longs plans inspirés qui distillent mystère et mélancolie. En hommage à ses ancêtres, survivants du génocide arménien, le réalisateur traverse à pied ces grands espaces, d'Erzincan, village natal de son arrière-grand-père, jusqu'aux bords de l'Euphrate où, déporté avec les siens, ce dernier aurait péri s'il n'avait été sauvé par un Turc. Quant à son arrière-grand-mère, Arnaud Khayadjanian sait simplement qu'elle a été recueillie en 1915 par une famille d'Alep, restée elle aussi dans l'anonymat. Ce qui précède - les origines arméniennes et même le nom de famille - et ce qui suit - les retrouvailles, la fuite, l'exil en France - n'a laissé aucune trace. Pour reconstruire l'histoire familiale, le réalisateur doit se contenter d'une photo de ses arrières-grands-parents et d'un tableau, Le Bon Samaritain d'Aimé Nicolas-Morot - un homme blessé secouru à dos d'âne par un paysan - dans lequel il reconnaît le sort de son aïeul. Avec pour tout bagage ces deux images, il part à la rencontre des actuels villageois et tente de raviver le souvenir de ces années noires - souvenir confisqué par l'histoire turque, qui ne reconnaît pas le génocide arménien. En-dehors d'une escale moins convaincante - car plus officielle - à Istanbul, il met ainsi, cent ans après, ses pas dans ceux de son arrière-grand-père et s'expose au silence des habitants ou à leurs mensonges, fruits d'une propagande sournoise transmise de génération en génération. Car les "chemins arides" sont aussi, évidemment, ceux qu'emprunte l'histoire pour se constituer, ou non, en mémoire. Patiemment, prudemment, cadrant à distance ses interlocuteurs, Arnaud Khayadjanian témoigne de ses rencontres avec beaucoup de délicatesse. Sans couper les traductions des interprètes au montage, il laisse s'installer les silences, les gênes ou les craintes de ces villageois anonymes peu enclins à remuer le passé. Il dévoile les tâtonnements d'une parole jusque-là interdite, qui ne semble pas avoir conscience de son pouvoir d'évocation ni de sa nécessité. C'est une vieille femme qui se reconnaît dans le portrait de l'arrière-grand-mère ; ce sont trois hommes qui commentent le tableau en se rappelant les histoires que racontaient leurs ancêtres ; c'est un homme qui se souvient de celle qu'on appelait "l'Arménienne" dans son enfance... Le cinéma a évidemment déjà abordé la question du génocide arménien (d'America, America d'Elia Kazan au récent The Cut de Fatih Akin, en passant par Ararat d'Atom Egoyan) et bien plus encore celles de l'histoire et de la mémoire. Si ce premier film parvient à faire entendre ici une voix singulière, c'est en grande partie grâce à la personnalité de son jeune réalisateur. Se mettant en scène en dandy candide, cheveux longs sous une chapka ou un canotier, il préfère parler des justes qui ont sauvé ses ancêtres plutôt que d'opposer victimes et bourreaux. Personnel et modeste, son travail de mémoire n'est pas tant une quête de vérité qu'une belle recherche de dignité commune, par-delà la concurrence des souvenirs.

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 60

Couleur/NB : Couleur

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