Anna Halprin et Rodin - Voyage vers la sensualité

Film

Ruedi Gerber

Année de production :  2015

Pays de production : Suisse

Identité

Type d'oeuvre : Cinéma

Date de sortie en France :

  • 28/09/2016

Description

Résumé

Ce que Rodin s'est efforcé avec énergie de représenter de ses semblables, c'est leur faculté à danser la vie. Pour lui, la vie humaine est une danse. La chorégraphe américaine Anna Halprin, née en 1920, l'a tout de suite perçu quand elle a découvert l'oeuvre du sculpteur. Et ce documentaire montre qu'elle a vu juste : c'est là sa qualité. Si bien que le spectateur ne pourra plus ne pas le voir devant les sculptures de Rodin. Cette évidence a ébloui Halprin. Au moment de la guerre d'Irak, elle était à Paris. On lui a parlé du musée Rodin. Elle y est allée. Et ce fut la révélation. Elle s'est donc lancée dans une mise en scène à partir des sculptures d'Auguste Rodin avec une dizaine d'hommes et de femmes, danseurs, peintres, musiciens ou autres, professionnels et amateurs, dont les corps ne tiennent en rien des canons de la danse. Ils se sont réunis durant sept jours dans son Sea Ranch Collective. Le Suisse Ruedi Gerber a filmé leur travail et tenté de nous immerger dans leur expérience sensorielle. Maladroitement, c'est-à-dire sans point de vue de sa part. La plupart du temps, les plans ne sont pas tenus assez longtemps pour nous permettre de ressentir. Nous restons extérieurs à ce vécu qui nous est transmis sagement, platement, dans un style lisse, sans aucune aspérité. En outre, c'est puritain en diable, ce qui est un énorme contresens pour évoquer l'univers de Rodin. Mais peut-être celui-ci existe-t-il dans le travail d'Halprin. Nous ne le saurons pas car Gerber ne peut sortir d'une ferveur pour la chorégraphe digne de celle d'un dévot. La vision de Anna Halprin et Rodin nous laisse sur notre faim, et même l'exacerbe - c'est déjà ça. On voudrait plus. Suivre davantage ces danseurs qui, par exemple, cherchent, les yeux bandés, leurs appuis sur des rochers en bord de mer pour retrouver des postures à la Rodin le plus naturellement, le plus spontanément possible. On ne perçoit donc que furtivement ce qu'il y a de passionnant dans la démarche d'Anna Halprin, qui a voulu libérer la danse de la narration, de tout discours et même des personnages. Après avoir exhibé sur scène des tâches simples et totalement ordinaires de la vie quotidienne, notamment avec sa pièce The Four-Legged Stool (1962), elle a décidé de travailler avec toutes sortes de personnes, qui n'étaient pas des danseurs professionnels, en les conseillant plutôt qu'en les dirigeant à la manière des chorégraphes traditionnels. Puis elle a incorporé le public dans ses spectacles pour que tout le monde participe, en particulier dans The Bath (1967), où chacun lavait l'autre en improvisant. Gerber, lui, ne risque rien. Il filme ce qu'il connaît déjà. Il n'est surpris par rien de ce qui arrive. Le cinéma jouit d'un prestige essentiel qui lui est particulier : celui de pouvoir réaliser une épiphanie de la réalité visible. Il peut donc révéler au spectateur ce qui s'est révélé à lui, ce qui a surgi devant la caméra, y compris l'inattendu et le singulier, si important pour Halprin. Gerber, lui, n'y attache que peu d'importance, et semble malheureusement préférer se contenter d'un rôle de disciple, répétant ce qui a déjà été exprimé par la chorégraphe.

Informations techniques

Métrage : Long

Durée d'origine : 62

Couleur/NB : Couleur

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